WhiteMelo

Je voulais vous re-parler de blanc aujourd’hui. Vous vous rappelez, le white, c’est wrong (par ici les retardataires); Mais attention, c’est « wrong » en Makeup. Car l’autre jour, j’ai vu « De Rouille et d’Os ». et là le blanc, c’était tout autre chose. A vrai dire, j’ai ce blanc dans l’oeil. Et ça ne cesse de s’imprimer, encore et encore.

D’habitude, vous savez, c’est ce que je raconte dans mes cours sur la couleur, le blanc, c’est virginal, certains diraient sans tâche; c’est un silence, une promesse avant la musique racontait Kandinsky. Un « rien » avant l’action. Enfin ça c’est la base. Car chaque couleur à comme son yin et son yang. Il y a des pet

its malins qui s’écartent des sens premiers. Il y a des Margiela par exemple. Lui, il s’est dit que le blanc n’était pas celui de la page immaculée, mais celui du rouleau qui repasse par dessus la couverture soigneusement reliée. C’est le blanco qui annule l’histoire. RESET. On perd ses repères. Les jeans, les cuirs, les sols, il a tout repeint en blanc Martin!

J’ai retrouvé cette impression de perte de repères dans le film. Cette lumière horizontale, et blanche, qui inonde l’image, t’irrite et te montre les choses sans complaisance. De multiples contre jours. Mais pas à la manière de Virgin Suicide si vous voyez ce que je veux dire. C’était un blanc d’enfer qui aveugle, et cogne, mais qui n’empêchera pas aux personnages d’ouvrir leurs yeux. Ils sont héroïques ces yeux qui ne se ferment pas, je vous a

ssure. qui affrontent la violence du monde et des corps. C’était comme une vérité cruelle, qu’il fallait accpeter et qui finissait … par t’aimer. Ce blanc à force de violence devenait charnel. L’érostisme en plein jour… pffff, ce film, ce « mélo » comme le décrit son auteur Jacques Audiard est tellement beau que je sais pas comment le dire… « Merci »?

Je voulais aller voir l’expo WhiteDrama avant de vous écrire ce post sur le blanc, mais j’ai pas réussi à patienter. On verra plus tard. J’adore les théories qui basculent. L’intelligence qui prend les choses différemment. Et te retourne comme une crêpe.

Le white virginal (chiant?) deviendrait-il cru(el)? Et sublime.

Edit : évidemment que la première photo est une référence à Hokusai… je dis ça… encore merci Mr Audiard

 

Il y a 6 années / Bouche 19 commentaire(s)

19 commentaire(s)

  • C’est exactement ce que j’ai ressenti en voyant le film. Sauf que moi, bon….j’ai juste dis : Putain la light !!! troooop belle !!
    évidemment moins pointu comme discours… 🙂

  • J’ai adoré ce film, il m’a complètement remuée, bousculée, forcée à ouvrir les yeux justement et à accepter un peu plus mon handicap !
    Tu en parles d’une manière magnifique, j’avais pas remarqué cet aspect là et c’est vrai qu’il y a pas mal de moments où la lumière est aveuglante dans le film.

  • Je trouve ça super intéressant ce yin et yang de la couleur, cette réinterprétation des choses. Tu pense que tout va bien et paf quelqu’un vient bouleverser les habitudes et te pousse à tout remettre en question.

  • J’adore ta manière d’écrire et de t’exprimer, c’est toujours très poétique je trouve =$
    Ca ne fait que renforcer mon envie d’aller voir ce film =D

  • c’est aussi que le blanc est, chez nous, la couleur du papier vide à opposer au coup de craie sur le tableau noir ou au high key en photo. une grosse dimension culturelle du média dans cette histoire. 🙂

    Kandinsky, me gusta ;-P

    • merci!
      eh oui, le yin et le yang, de la couleur; on retrouve l’idée dans cette image d’orques hors de la vague. ça me fait penser à Hokusai.
      il y a de si grandes choses dans le cinéma…
      baisers doux!

  • Eh figure toi qu’au premier coup d’oeil jeté sur la photo, j’ai pensé : whaou Timai va nous parler de Hokusai. Et puis j’ai bien regardé et vu effectivement les nageoires de l’orque hors de l’eau. Une poêtesse de la couleur tu es !

  • J’aime bien la pureté du blanc mais je suis très gênée par les lumières blanches, crues, fortes… j’aime les journées d’été mais je n’aime pas quand le soleil est au zénith.
    Pourquoi, je me pose souvent la question, peut-être parce que tout autour tout à l’air tellement fort, les autres couleurs semblent encore plus intenses. Et peut-être que mon œil terne de parisienne ne supporte pas toute cette intensité.
    P.S : j’ai beaucoup aimé Istanbul et l’hôtel G.

  • Je n’ai pas vu De Rouille et d’os, pourtant l’envie ne me manque pas, il faut simplement que je trouve le temps d’aller au cinéma.
    Simplement, l’article m’interpelle, puisque tu parles de THE VIRGIN SUICIDES, qui est un peu MA référence Number One. Passionnée de photographie, je suis aussi assez sensible aux couleurs, aux contrastes qu’elles permettent, etc. Ainsi, le jeu avec les filtres de couleur dans the VS m’a beaucoup intriguée. Je pense que je comprends ce que tu veux dire, que le blanc dans The VS est en effet virginal, qu’il est là pour « dénoncer » une forme de pureté, et que ce sont en effet des filtres d’autres couleurs qui viennent créer une sorte de « cruauté », ou plutôt d’empoisonnement (je pense en particulier au filtre verdâtre de la fin) ; mais je m’interroge quand même : Lux, malgré sa prétendue innocence, ses robes légères, sa « blancheur », est tout de même censée montrer que finalement, elle n’est pas si « blanche » que cela. DONC en fait, je pense que OUI, S. Coppola a bel et bien voulu donner ce côté léger, virginal, à son film, mais qu’il est quand même incroyablement cruel (d’ailleurs, tout est dit dans le titre !)… Et aussi (mais c’est lié !) que la LUMIERE et la luminosité jouent un rôle très très important (beaucoup de lumière au début, énormément lors des « souvenirs » quand ils lisent le journal de Cecilia, mais très peu de lumière à la fin). Il faudrait que je l’étudie encore plus… et que je voie De Rouille et d’os pour comparer leurs couleurs. Ah, je pourrais disserter des heures sur The VS. Hahaha.

    • @CArolutin : c’est très intéressant ce que tu dis sur the « VS ». Je ne sais pas si l’on peut parler de cruauté du traité. il y en a sûrement dans le propos, mais pas dans le traité. Il y a du mal être chez Lux, mais si l’on en vient au traitement photographique de VS, il est extrêmement esthétisant. Comme pour de Rouille et d’Os me diras tu (quand tu l’auras vu), mais dans VS, cette esthétique est caressante. Pour moi c’est du Hamilton, réinterprété par une femme de son temps. C’est très lié à l’envie de beauté des adolescentes. d’ailleurs, c’était tellement bien senti que ça a été repris partout depuis. Disons que les 2 lumières apportent de la sensorialité, bien sûr, mais l’une est douce(-amer), l’autre est plus crue. il y a aussi des passages plus romantiques, « mélo » dans DREDO (!!!!), mais quand le rideau s’ouvre sur le visage de Stéphanie, on y voit la mort, c’est parfaitement dingue de violence. et quand elle engueule son mec au petit matin, elle a du mal a regarder tellement c’est blanc. mais elle y va. ça m’a tellement touché.

  • Raaah ce film… moi c’est pareil, je sais pas quoi dire à part comme toi merci…
    (quand je pense que certaines personnes avec qui j’étais ont fait bof à la sortie!!! j’ai vite tracé chez moi pour rester dans toutes mes émotions et laisser « retomber la pulpe » doucement! (d’ailleurs j’arrivais même pas à dormir tellement j’étais retournée !)
    Le blanc, ça me fait penser à la neige.

  • BITTERSWEET, c’est exactement ça ! Doux-amer, cela décrit si bien the VS. 😉
    Cela fait bientôt un an que je ne l’ai plus vu (donc je me base sur ma mémoire visuelle), mais ce que je définis comme « cruel » dans le traité se voit tout de même dans les filtres selon moi (mais pas seulement).
    Je suis tout à fait d’accord pour l’esthétisant, mais je me souviens avoir pensé que le changement de couleurs/lumières prouvaient tout de même un empoisonnement très certain des jeunes filles. En fait, plus le film avance, plus les filtres de couleurs deviennent froids, et plus la lumière diminue (tout cela en même temps que l’arbre se voit diagnostiquer malade, puis couper => tout est si lié, si intelligemment composé !). Comme si, par les couleurs et la lumière, l’air changeait, s’empoisonnait (cf : masques à gaz de la fête à la fin).
    Comme tu l’as dit, le traitement de the VS a été tellement repris, d’ailleurs j’essaie souvent de l’imiter pour mes photos. Pour arriver à un tel résultat sur des photos, il faut beaucoup baisser les contrastes, augmenter l’expo, etc… donc la douceur est certes TRES appropriée. Toutefois, l’image sera d’autant plus douce/caressante lorsque le filtre sera légèrement orangé ou rosé . Lorsque le filtre est blanc, c’est qu’il n’y en a pas, qu’on peut jouer sur la lumière et tout le reste, mais les couleurs ne sont pas « teintées » (peut-on dire ça ? tu vois ce que je veux dire ; je vais m’exprimer comme pour ce que tu dis du teint (:D) : un filtre sera mis par transparence sur l’image, donc la couleur du dessous ne sera pas couverte mais aura tout de même une teinte différente) , sans filtre, il manque presque quelque chose… Pour moi, le filtre qui en fait marque la douceur et « l’envie de beauté » des soeurs Lisbon est légèrement teinté d’orangé/rosé.
    BREF, je sur-interprète peut-être, mais ce film m’avait bluffée par tous ces petits détails, le traitement merveilleux, etc… Mais promis, la prochaine fois que je le visionne, je réfléchis encore aux couleurs. 😉
    ET j’irai voir De Rouille et D’os pour pouvoir comparer les 2. J’ai juste regardé le trailer, et le traitement a l’air TRES beau (ainsi que le film, mais était-ce à préciser, tant c’est évident ?).
    En tous cas, merci pour ta réponse !

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