Bouziane

Le Corps Salvateur

Je suis tellement mais tellement émue! Bouziane, et moi nous sommes rencontrés il y a un an et demi. Je le trouvais fripouille avec son chapeau et son accent de Tarbes et n’ai découvert son travail, si profond, si beau, si politiquement engagé, je ne l’ai découvert qu’en mai dernier pour son spectacle Altérité. Je l’avais d’ailleurs filmé à cette occasion, en même temps que Jann (vous vous souvenez d’elle?) mais n’ai jamais pu monter cette vidéo.

Bouziane à l’époque, bien avant les attentats donc, me parlait déjà de sa prochaine pièce « tu voudras bien me filmer encore? » Les images que vous voyez ont été filmées en décembre dernier, lors d’une présentation de Réversible faites aux professionnels.

Je suis très émue quand je repense à ce moment, parce qu’en regardant Bouziane danser, j’ai tout de suite compris, au delà du propos plus universel sur l’oppression corporelle et psychologique, j’ai tout de suite compris la genèse plus personnel de son message. C’était incroyablement beau et douloureux en même temps, ce corps qui par delà les mots « me » parlait…
Je suis émue aussi en repensant à notre interview filmée. Elle a duré près d’une heure en vérité (Qu’il me pardonne de l’avoir autant coupé!). Il m’a raconté un milliard de choses, mais je voyais, je sentais « ça », cette chose la précisément, ça ne sortait pas. Les mots lui manquait… Alors je lui ai dit « si tu as envie de nous raconter autre chose, tu peux aussi m’envoyer un enregistrement complémentaire »… ce qu’il a fait. et ce qui s’entend d’ailleurs parfois dans la vidéo du fait des qualités différentes de son.

Que tout cela se soit passé avant les attentats de janvier m’interroge. Je le précise car cela décolle son propos et son combat du drame qui est arrivé ensuite. D’une certaine manière, ça le rend plus pur. En même temps, le fait qu’il le maintienne, alors que tant de spectacles jugés « sensibles » ont été annulés, force mon admiration. La liberté peut être si belle lorsqu’elle vous délivre à ce point de la peur.

Dans sa quête, dans sa transformation, Bouziane m’inspire un respect et un courage immenses, que peu d’artistes, peu de personnes sont capables d’incarner.

Merci du fond du cœur!

ps : Bouziane revient du Maroc où son spectacle a rencontré un grand succès. 2 représentations sont programmées à Tarbes, 10 autres pour le festival d’Avignon. et j’espère qu’on le verra très vite à Paris. longue vie à Réversible!

Il y a 3 années / Bouche 40 commentaire(s)

40 commentaire(s)

  • Merci! Oui vous avez raison d’insister. Au dela du decryptage, la pièce en elle même une œuvre artistique que j’espère vous pourrez découvrir un jour! Mille bises

  • Droit de réponse (quand bien même il n’y a pas de question.^^)
    Je suis né de parents qui m’ont laissé toutes les libertés possibles et j’ai vécu pendant 25 dans cette « liberté » comme tout un chacun. Et…j’ai choisi l’islam et ne me suis jamais sentie aussi libre.
    L’islam n’est pas une religion archaïque c’est une religion intemporelle.
    Elle était une prison pour lui alors que pour moi elle n’est que liberté.
    C’est de ne pas être convaincu par ce que l’on fait qui fait que l’on est emprisonné et c’est pourquoi il est sorti de la religion. IL n’avait pas la foi ou l’a perdue.

    Je condamne avec une extrême fermeté les évènements de ce début d’année qui n’ont rien à voir de près ou de loin avec ni l’islam, ni même (à mes yeux) avec son art, je ne vois pas en quoi un parallèle est possible entre les deux, et pour quelle raison il est fait ici?! (#choquée)

    L’islam n’est en rien une cause aux agressions dont il a été malheureusement victime dans son enfance, c’est la perversité des gens. Il y a (pour ceux qui croient) Dieu, et il y a le diable, et le fait d’être musulman ne préserve pas de tomber dans les pièges (petits ou grands) de ce dernier, vu que c’est ce qu’il cherche à faire par tous les moyens.

    Les perversités ne viennent pas de la religion elles viennent de l’homme lui même.

  • Oui moi aussi je chiale!
    Pour réagir un peu à ce qu’il dit, je dois dire que je comprends parfaitement quand il parle de l’emprisonnement qu’on peut ressentir quand on est élevé dans une certaine religion. J’ai moi-même été élevée dans une famille protestante, et c’est vrai qu’en grandissant, je me suis posé des questions par rapport à ma relation à la religion, à Dieu. Encore maintenant, je me demande ce que je serais si je vivais sans la pensée que Dieu est là à mes côtés tous les jours.
    Je pense qu’il faut savoir faire la part des choses. J’ai réfléchi sur ma foi (et j’y réfléchis encore!), mon baptême à l’âge de 20ans représente quelque chose que j’ai vraiment voulu. J’ai conservé des choses que je trouvais essentielles et qui n’ont pas bougé depuis que je grandis dans la foi chrétienne, mais j’en ai aussi jeté d’autres, que je trouvais « archaïques » comme dit Bouziane. Et je n’ai pas pour autant l’impression de vivre ma religion à ma sauce entre guillemets! Il y a vraiment des trucs choquants dans les églises à notre époque, comme le fait de te dire que tu ne peux pas participer aux activités de l’église parce-que tu vis en concubinage avec un homme et que tu n’es pas mariée. Perso, j’ai choisi de continuer à vivre ma foi, mais sans appartenir à une communauté. Et je me sens vraiment sereine là-dedans. J’ai choisi, donc je me sens libre. 🙂
    Voilà…

    Très beau spectacle en tout cas, et merci pour cette interview!

  • Encore merci à toutes!
    @didi : oui merci d’utiliser ton droit de reponse. Merci! Je lisais l’autre jour une citation qui disait « l’eau bouillante ramollit la patate alors qu’elle durcit l’œuf » grosso modo ça veut donc dire qu’il ne faut pas regarder le contexte/système mais bel et bien la nature de chacun. Je pense pour ma part qu’il faut regarder l’interaction des deux.
    L’histoire n’est pas ici de dire à bas la religion, et les prêtres sont des pedophiles, et les gens des cités de futur dealers etc il n’y a pas de généralisation. En revanche, je trouve juste que l’on parle d’archaïsme lorsque la question de la sexualité est un tabou, lorsqu’on interdit aux femmes de prendre Telle ou telle position. Je trouve aussi précieux et important que certains puissent faire entendre leur voix « de l’intérieur ». Bouziane s’érige contre un système parce que justement, selon lui, c’est bel et bien ce système qui, en interaction avec la nature humaine la pervertit (ou concoure à développer certaines perversions chez certaines personnes). On peut dire aussi qu’au dela de la foi, les systèmes (religieux mais pas que) sont bâtis pas des hommes avec des ancrages historiques et culturels bien définis. Les dérives dramatiques doivent questionner (Bouziane n’est pas un cas particulier, il y a tout un phénomène reconnu et décrit de « sexualité de substitution »). Et le système doit toujours s’interroger, se reformer, s’ils veut protéger ses valeurs et les humains qui les portent. Le débat est ouvert.
    Concernant le parallèle avec Charlie, Bouziane risque une fatouah a creer un spectacle comme celui ci. Il y a un rapport évident non?

  • @timai. Ce que tu trouves juste d’appeler « archaïsme », je trouve ça juste de l’appeler pudeur.
    Après, j’aimerai savoir ce que tu appelles tabou? Parce qu’il y a des interdits dans les pratiques sexuelles en islam (relations hors mariage, sodomie, pénétration pendant les menstrues (tu vois je parle sans tabou. lol), mais sur la forme on peut parler de tout si tant est que ça soit fait avec respect et pudeur. Alors je ne sais pas si cela fait référence à l’un ou l’autre (pratique ou discussions).

    Quand à telle ou telle position de la femme *, tu parles en terme de sexualité ou de sa position au sein de la société musulmane (désolée ta phrase est faite d’un bloc donc je n’ai pas compris à quoi tu fais référence).

    Il est difficile de débattre ici car l’islam (selon moi et les millions d’autres musulmans ^^) n’est pas un système battit par les hommes mais une religion monothéiste basée sur la parole d’Allah (Dieu) et les hadiths prophétiques. Donc sur la base on est déjà pas d’accord et ça prendrai des heures. ^^

    Selon moi Bouziane n’a tout simplement pas compris l’islam s’il croit que c’est la nature humaine qui est pervertie par l’islam et ses lois.
    Il n’a pas compris que l’homme n’a été créé que pour adorer Dieu sans rien Lui associer, et que SHeytan, autrefois soumis à DIeu a été maudit et destiné à l’enfer pour Lui avoir désobéi. Et qu’il (sheytan, le diable donc) a demandé à Allah un délai (jusqu’au jour du jugement) pour se mettre sur le chemin des gens et les égarer afin qu’ils peuplent l’enfer en sa compagnie. Délai qui lui a été accordé.
    On obéit à Dieu par amour pour Lui, par espoir en Sa récompense (le paradis) et crainte de Son châtiment (l’enfer). A certains il manque tout ou partie de cela.
    Et se dire musulman ne veut pas dire l’être. La base n’est pour beaucoup même pas connue ou bafouée.
    Etre musulman c’est dans la pratique accomplir les 5 piliers de l’islam (unifier Dieu, faire les 5 prières, verser l’aumône obligatoire, faire le hajj et jeuner le mois de ramadan) .
    Malheureusement pour beaucoup de musulmans, le 1er pilier des piliers est déjà brisé avec de nombreuses pratiques associationnistes (ex: main de fatma) ou croient que parce qu’ils sont nés musulmans ils le restent à vie même s’ils ne font rien en ce sens, et ce souvent par pure ignorance. Parce que leurs parents (faute de science) on fait un tri dans la pratique. le ramadan oui (vive les repas gargantuesques le soir venu) mais la prière ou le hajj c’est quand je serais vieux (je parle en connaissance de cause avec foison d’exemples dans mon entourage).

    Ce que bouziane appelle nature humaine, c’est en fait l’humain avec son libre arbitre. Il est libre de faire le bien ou le mal, de chercher ou non la vérité…l’islam (le Coran et les hadiths) sont les directives à suivre pour obtenir la félicité ici bas et dans l’au delà.
    Donc remettre sur le dos de l’islam la perversion des gens est faux. La perversion n’est là que parce que les gens se sont laissés amadouer par le diable. Et c’est non le système mais la société de consommation qui perverti les gens et font qu’ils se laissent tenter en les éloignant de DIeu avec la sexualité débridée et exposée comme elle l’est de plus en plus de nos jours.
    L’islam comme responsable (avec ses obligations interdits, recommandations… qui régissent le quotidien (sexualité y compris) et qui sont en réalité des sagesses), n’est ici qu’une fausse excuse de Bouziane.

    En effet, sans parler de religion (islam catholicisme…) combien d’athées ont commis des actes de pédophilie, combien d’instits tien, pour jongler sur la triste actualité?

    Les perversions sont partout dès lors que ce que je mentionnais plus haut fait défaut (amour espoir et crainte de Dieu).

    Pour le parallèle avec charlie ça n’a rien d’évident vu que je n’ai pas eu vent de ce risque de fatwa (c’est écrit où?).

  • @didi, je pense tout simplement, que sa représentation extériorise sa perception, son vécu des choses. En aucun cas, il est question de généralité. Du moins pas sur un thème précis. Il n’y a également pas de jugement. C’est un point de vue, narré d’une manière personnelle.

    Et si je comprends bien, le spectacle représente l’extériorisation corporelle et mental du corps face à ce qui cause à l’indivu de la souffrance, de l’exclusion ou l’oppression. Pour lui, ça a été son vécu face à une situation. Mais cela signifie qu’une autre personne va peut-être, suivant son vécu, l’interpréter différemment ?!


  • Il est très difficile d’échanger sur ce thème, la religion, et c’est quasiment impossible si on n’est pas sur le même mode de … dialogue, je dirais.
    Bouziane est dans le questionnement, la recherche personnelle, la construction d’une réflexion qui est la sienne, qu’il exprime et partage sur scène. Mais qui n’est que la sienne. Et il le dit. Je suis extrêmement touchée par sa douceur et la TOLÉRANCE qui se dégage de lui, de ses mots, de sa danse.
    Quelle intelligence.

  • didi, je pense que l’on ne peut pas asséner des vérités sur un terrain aussi mouvant que celui de la religion.
    Ce que tu présentes ici, ce sont tes croyances.

    Je suis de culture musulmane , mon ami a grandit dans un pays à majorité musulmane mais nous n’avons pas la même vision que toi. Et dans le monde musulman , il y a DES islams: plusieurs lectures, plusieurs courants… Perso, je n’ai pas une lecture littérale de ma religion ou de ma culture. Et il y a de nombreux intellectuels dans le monde arabe qui pensent comme moi.
    Je pense comme Bouziane qu’un enfermement entre des lignes limite l’esprit , et que c’est même aller à l’encontre de cette vérité que cherche l’Homme qui se dit de dieu, comme tu dit l’être.
    L’islam, c’est avant tout une quête individuelle (le djihad est d’abord un combat intérieur) , et on doit en appeler à sa propre réflexion.
    Délivrer des diplômes de « bon musulman », dire l’islam c’est ceci ou cela, je trouve que c’est déjà une forme de coercition. Je pense que le coran est contextualisé, on sait d’ailleurs que certains versets reprennent le même sujet et sont contradictoires. Le coran a été délivré sur 22 ans….et répondait aux exigences du moment (les sourates répondaient aux demandes et questions de la communauté). Alors même que le livre nous montre que rien n’est figé (même le nombre de prières, 5 , qui a été négocié ( au départ il était demandé 50 prières par jour)..ce n’est pas rien, par le prophète mahomet… ) , des personnes se braquent sur chaque ligne et regardent avec un oeil sévère le comportement des autres , jugent (ce qui est pourtant un pêcher pour un bon musulman comme toi, car dans le coran comme dans la bible il est dit que l’on doit se regarder avant de juger les autres (cette vieille histoire de première pierre) .. alors avant de donner des leçons…).
    Chacun est libre de faire comme il l’entend avec sa foi ou son athéisme, et je trouve vraiment déplacé ton discours moralisateur de musulman parfait.
    Tout ça pour dire que ton intervention est en totale contradiction avec la position que tu penses prendre.

    Bouziène parle de son vécu et oui, des profs d’école coraniques qui abusent de leurs élèves, des frustrés qui profitent du cadre familial ou amical pour imposer leur désir aux autres et sont de vrais Tartuffes, ça existe.
    Il ne dit pas que c’est l’apanage de l’islam, on sait bien , tous que le vatican est empêtré dans des affaires de pédophilie et que certains métiers attirent les pédophiles (enseignants, animateurs de centre, pédiatre, prêtre…) mais on sait que fort heureusement la majorité des personnes qui exercent ces métiers sont des gens normaux.
    Après si tu as peur que son spectacle soit récupéré par l’extrême droite, je pense que ton laïus oeuvre beaucoup plus en ce sens que son spectacle, moi-même je suis un peu choquée de voir comment tu assènes cela comme des vérités universelles.

    Chacun a son cheminement , respecte ça.
    Occupe-toi de ta personne , je t’assure , si tu es un être humain lambda, et que tu souhaites faire ton djihad intérieur ,il y a beaucoup à faire…et à apprendre.
    Il l’a joué au Maroc ce spectacle, dans un pays musulman… et le public intelligent a su recevoir cela sereinement.

    • oui je pense qu’effectivement, on va pas débattre religion ici.
      juste pour @didi, Bouziane parle de tabou dans le rapport à la sexualité « on peut pas en parler » ou alors il faut le tourner en ridicule, salir etc. il ne parle pas d’intimité. et il parle de son expérience en tant que personne née en france d’une culture arabo-musulmanne. par ex. sa pièce a bénéficié d’une résidence au maroc. en algérie (bouziane est d’origine algérienne), la résidence lui a été refusée car « il n’y a pas de problème de sexualité ici ». c’est une institution qui parle (ça ne veut pas dire que tous les algériens partagent cette vision, pas d’amalgame).
      me concernant je parle de la position des femmes dans le sens de la place qui leur est faîte : je trouve ça oui archaïque et misogyne qu’une femme ne puisse accéder au même titre qu’un homme à la majeure partie des fonctions dirigeantes religieuses. ça ne remet pas en cause la foi, ni l’idée de religion, mais les organisations humaines, les cultures, les sociétés, quelqu’elles soient doivent savoir se remettre en question lorsque l’un des leurs raconte sa souffrance. sinon, pour moi il y a une nouvelle fois archaïsme, et même danger. dire « non le problème c’est pas du tout ça », avant même d’avoir réfléchi à ce qui à amené l’autre à le dire, c’est un peu botter en touche sans écoute, non? didi, as tu vraiment voulu entendre Bouziane dis?

  • @kalix et emi. merci à vous. oui j’ai bien compris que c’était un cheminement personnel et là n’est pas le soucis à mes yeux, ni même dans son spectacle.

    J’ai bondi en entendant sa phrase relative à « la frustration perverse des gens qui vivent dans les interdits religieux, les tabous, les contradictions, victimes d’un système traditionnel religieux archaïque ».

    Je vis dans les interdits religieux, les obligations religieuses, les recommandations religieuses…. et j’en connais des 10aines et 10aines d’autres, et comme je le disais (et là je défend ma religion car je la sens attaquée par ces paroles), on est victimes lorsque l’on ne fait pas les choses par conviction, dès lors que l’on est convaincu, il n’y a ni frustration ni quoi ou qu’est-ce. Et c’est mon cas. Je sais que la totalité de cette religion n’est que justice et sagesse et que chaque prescription est un bienfait.

    Et ça n’est donc pas la religion le problème, mais l’homme en lui même et son libre arbitre, son choix de suivre ou non la voix du diable.
    Sa phrase relève peut-être d’une pensée personnelle mais elle met en avant une corrélation qui n’a pas lieu d’être et qui, comme je le disais me heurte au plus haut point vu qu’elle touche à mes convictions.

    Quand @ mareme, ce dont je parle ici est la façon de penser de millions de musulmans qui suivent la sounnah authentique se basant sur les versets du coran et sur des hadiths authentiques. Se sont les paroles des grands savants de cet islam. Car comme tu le dis il n’y a pas qu’un islam. « L’islam (comme le prophète (aleyhi salat wa salem a dit)) a 73 sectes, une seule entrera au paradis ».
    Donc je défends cet islam le vrai (selon moi et beaucoup d’autres) tout comme bouziane défend ou explique ses choix et cheminements.
    Et ces « diplômes de bon musulman » se n’est donc pas moi qui les délivre, mais des savants.
    Il ne s’agit pas d’intellectuels qui ont réfléchi et philosophé sur le pourquoi du comment, mais de gens de science qui ont passé leur vie à étudier la religion et le contexte et le sens de chaque mot et chaque phrase qui la compose. Et ces savants traitent aussi de ces fameux versets dit contradictoires et étudient chacun des versets du coran dans sa totalité en fonction de l’époque où ils ont été descendus ainsi que des hadiths….
    Tout un chacun ne peut pas interpréter le coran ou un hadith à sa façon il y a des tafsirs (éxégèses) qui traitent de cela.

    Et comme je l’ai dit plus haut je ne juge pas Bouziane en tant que personne,ni son art ou autre, c’est uniquement cette phrase qui juge ma religion que je défends.

    Par ailleurs je ne prétends rien concernant mon degré de « bonne musulmane », Allah est le seul juge et la foi n’est pas quelque chose de figé, elle monte et descend. Je parle de l’islam religion parfaite et non de moi, être humain lambda imparfait par nature qui comme tu l’as dit doit faire son jihad nafs.

    Et la façon dont son spectacle va être récupéré ou non m’importe peu désolée. lol. Je n’y ai même pas prêté attention, c’est ses paroles que j’ai écouté.
    Peut-être s’est-il mal exprimé, peut-être l’ai-je mal compris mais je pense qu’il a bien du savoir l’impact que ses mots pourraient avoir vu qu’il a fait référence à certains qui pourraient être heurtés. Et j’en suis.
    IL se peut aussi que dans le contexte de base (1h de dialogue ici réduit à quelques minutes) l’impact aurait été différent mais le montage est comme cela et c’est un choix que timai a fait. Et à chacun son ressentit.

    Le paradis n’est pas gratuit et nul ne peut prétendre à sa bonne fin. C’est Allah qui guide et qui égare. L’islam n’est pas un sceau sellé dans le coeur, on peut y entrer ou en sortir à tout moment.
    Qu’Allah nous guide!

    @timai, l’islam dans son ensemble, et donc la place de la femme également et tout sauf archaïque.
    C’est son avis personnel mais il donne sa vérité générale sur l’islam, et oui j’ai bien entendu ce qu’il disait. )). seulement vous et moi sommes aux antipodes dans nos façons de penser, donc on ne le comprend pas pareil. Tout comme sa mère le dit « fou » parce qu’il est sorti de l’islam, la mienne a pu penser à un moment que je l’étais pour y être entrée. lol. donc comme je le dis la position de chacun fait que le ressenti est différent.
    Liberté d’expression et de ressenti. ))

    Et comme je disais, c’est donc, concernant l’islam, l’homme qui doit se remettre en question. on ne peut pas remettre en question la parole de Dieu, d’autant plus lorsqu’elle va à l’encontre des raisons de sa souffrance et qu’elle préconise, pour celui qui se soumet à Allah comme il se doit, des solutions à tout problème. c’est ce que je m’efforce à essayer de dire (peut-être mal. lol). Le coupable c’est l’homme lui même et le diable, ennemi déclaré.
    Bon quoi qu’il en soit je ne souhaitai pas faire débat juste défendre ma religion, et comme je le disais d’entrée ça n’est pas le lieu ça prendrait des heures et des pages. ))
    j’en resterai donc là j’ai de toute façon dit ce que j’avais à dire. ))

  • Juste, par rapport au débat : Je crois que cela se résume à la façon dont tu vis une religion.
    Toute lecture des textes n’est qu’interprétation, et chacun choisit, dans son quotidien, comment vivre la religion – quelle que soit celle-ci. Ya des intégristes bouddhistes, hein.
    On peut citer le cas de l’esclavage : la Bible comme le Coran acceptent l’esclavage sans aucun souci éthique, et cependant, aucun croyant aujourd’hui n’acclamerait une telle pratique. You know what I mean ?
    On ne peut – ni ne devons – se reposer uniquement sur les textes, puisqu’ils sont traduits et interprétés depuis des siècles – et, jusqu’à récemment, uniquement par des hommes, au passage.
    Alors on va arrêter de chipoter autour d’une religion, mais parler plutôt de ses pratiques.
    Et c’est ce qu’il fait, Bouziane, non ? Il critique les pratiques. Il critique comment les hommes s’emparent de lui, de sa tête, de son corps.
    C’est de la bonté pure, ce discours, c’est un appel à la liberté. Ce n’est pas un « Ne croyez pas! », c’est un « laissez les hommes croire en l’Homme ».
    Et n’est bon, ça, non ?

  • Merci pour cette belle vidéo et la découverte de ce danseur (j’avais aussi adoré Mr Ramirez). Encore une fois je suis très touchée! En plus dans toutes tes vidéos les mecs sont à tomber #bombesatomiques

  • Han ! Du coup, j’ai oublié : Somptueuses, ces images. J’adorerai voir ce garçon sur scène.
    Et ces images de nuée (d’encens ?) à l’ouverture de la vidéo, c’est pfffiuu….
    Bravo, bravo pour la beauté…

  • C’est fou!
    Depuis que j’ai traversé une étape similaire à celle de Bouziane, pour ne pas dire très similaire :-), c’est la première fois que je me sens comprise.
    Le courage qu’il faut pour tout quitter, la force qui émane et qui en découle à la fois. La période de transformation.. puis effectivement la folie et tout ce qui s’en suit.
    Pour finir par une libération, une liberté, une légèreté et une harmonie… être alignée parce qu’on y a travaillé et comme on le souhaite.
    C’est tout un travail .. qui part d’un besoin intrinsèque de tellement de choses à fois
    et puis on en ressort grandi, plus rien à perdre
    tout a gagné
    compliqué parfois pour moi de transmettre cela, ces ressentis… car l’eco n’est pas toujours à la hauteur du vécu
    alors on se tait… mais… ce qui émerge, ce qui rayonne de soi… ça, c’est inexplicable et pourtant tellement parlant je crois
    merci!!!!!!! à vous
    me suis sentie en paix devant cette vidéo

  • Oh! que c’est beau!! dur, éprouvant, touchant, beau! Et quelle générosité aussi de partager tout cela avec nous – par le corps et la voix, par la musique aussi. Merci de cette magnifique découverte, merci Mai et merci Bouziane!

    Pour ce qui est du débat, il est triste, oui, de voir que le réflexe défensif enfreine une réelle écoute de l’autre et des vécus des autres.
    Ce que je retiens (parmi les multiples résonances des paroles et des gestes de Bouziane) c’est la douleur, l’enfermement (qui pour lui est religieux, ou du moins, une certaine façon de pratiquer la religion, mais on s’entend, il y a bien d’autres incarnations de l’enfermement – le patriarcat, le fanatisme (laïc inclu, je dis ça en tant que laïque exaspérée par le ton péremptoire de bien des discours laïques))… et bien sûr la possibilité d’émerger de tout cela, plus fort(e), plus libre, plus serein(e) aussi. C’est si beau, si fort, si optimiste comme message!
    Je retiens aussi que l’enfermement se fait aussi souvent avec beaucoup d’amour, par ‘habitude’… et qu’il faut bien du courage – et de l’amour – pour remettre les choses en question.

    Et je suis encore émue – si émue – de voir tout cela, toute cette profondeur, transmis de façon si belle, à fleur de tous les sens – chapeau, et merci!

    • j’ai reçu après avoir publié la vidéo, un mail d’une lectrice, laurence qui m’a fait 2 cadeaux extraordinaires :
      le premier est le lien vers cette vidéo : http://www1.wdr.de/fernsehen/kultur/tag_sieben/sendungen/safet-tanzt100.html
      c’est l’histoire d’un rom musulman devenu danseur classique. c’est magnifique!
      et comme je ne parle pas allemand, laurence m’a fait un 2e cadeau : elle m’a traduit l’intégralité des 30min de ce documentaire!!!!
      je ne sais combien de temps ce lien fonctionnera, mais je vous laisse la retranscription pour qui veut lire cette aventure incroyable!
      mille mille merci!

      Safet danse.
      Petite fille
      je veux voir comment il danse… et comment il fait de la danse classique. Mais je ne sais pas pourquoi
      il porte une tenue de danse classique… il n’est pas une fille hein!

      Maman
      J’ai dit à mon fils Safet « soi heureux avec ce que tu as. Et pas juste un peu, mais beaucoup. C’est une
      chose que Dieu t’a offert. Et si ça vient de Dieu, alors tu peut l’utiliser. Utilise le, mais garde les pieds
      sur terre. Reste humain »

      (Répétition – anglais)
      Safet
      Danser on le fait pour soi‐même, c’est pour ton coeur, ça a l’air mélancolique comme ça, mais c’est
      pour ton âme, pour toi simplement. C’est sûrement pour ça qu’il m’est si difficile de faire sans.
      Je ne dirais pas que je suis typiquement « Rom ». Je crois que pour eux, je suis un oiseau de paradis.
      Dans la culture Rom, ce n’est pas normal d’être encore libre à mon âge, de faire des études, de l’art…
      Je suis simplement un petit Rom de Wuppertal, je fais mon truc, comme tout le monde. Pour moi,
      être Rom, ça veut dire un sentiment de sécurité, la base de la famille. C’est ça pour moi, la famille,
      c’est être Rom pour moi.

      (à la maison)
      Ça va? Oui ça va… et toi petit? Ey, mais c’était à moi ça avant!
      (…) tu m’as manqué, ça fait longtemps!

      (salon, thé)
      vous aidez parfois aussi à la cuisine? Ça dépend!

      Frère
      Moi j’aime bien faire la cuisine, pas seulement pour impressionner les filles, c’est bien meilleur quand
      c’est fait soi‐même…

      Frère
      Mon frère sait cuisiner, c’est bien. Moi je ne sais pas, c’est pour ça que le Bon Dieu m’a donné une
      femme, j’en suis très reconnaissant.

      Safet
      Faton cuisine chez moi parfois

      Frère
      Oui, je vais lui rendre visite parfois et on cuisine ensemble… enfin lui, il est sur le canapé, fatigué de
      sa répèt et moi je fais la cuisine – c’est ça cuisiner ensemble

      Safet
      Mais je fais la vaisselle… parfois!

      (cuisine)
      Maman
      Ça, c’est beaucoup de travail, on ne le fait pas souvent, seulement les jour spéciaux. Par exemple
      pour Safet, ça lui manque parfois, et puis il vit seul…

      (salon)
      Frère
      Alors, comment ça se passe?

      Safet
      Beaucoup trop à faire et pas assez de temps, comme d’habitude. J’ai encore tellement de choses à
      apprendre. Qu’est ce que j’ai appris en 4 ans? La base est là… je viens seulement de commencer,
      certains dans ma classe font ça depuis 10 ans! Et moi j’ai juste 4 ans derrière moi… c’est beaucoup
      trop peu, il y a tellement de facettes, de couleurs… une vie ne suffit pas.

      Frère
      Il faut que tu fasse attention à toi…

      Safet
      Bien sûr! C’est tout ce que j’ai…

      Frère
      Fais attention à toi, à tes affaires, réfléchis toujours…
      (cuisine)

      Maman
      Safet était un enfant toujours joyeux. Mais quand leur père est mort, Safet avait 3 ans, on était à
      l’hôpital avec lui, et Safet il n’a pas arrêté, tout le chemin, 15 km, de pleurer et d’appeler « papa »,
      dans notre langue « Babo, babo… » ça, je ne pourrais jamais l’oublier.
      Ma voisine était allemande, elle m’a aidé à devenir ce que je suis. C’était une vielle dame. Elle a vu
      que j’étais triste, alors elle m’a dit  » assieds‐toi. Tu n’as pas le droit d’être si triste, tu as des enfants. Il faut que tu sois forte. Pas pour toi, pour eux, tes enfants doivent avoir un futur, c’est toi leur futur »
      Et là, ça a fait « tilt ». J’ai dit « oui, tu as raison, je dois être là pour mes enfants.

      (répétition)
      Safet
      Ma maman a vraiment fait du bon boulot. Bien sûr que je me demande parfois, comment ce serait,
      est‐ce que je danserais encore si j’avais un père? Peut‐être qu’il m’aurait emmené, on aurait vendu
      des voitures, je sais pas, je me demande souvent comment ce serait, ce qu’il dirait de me voir danser
      comme ça. Mais je crois que j’ai reçu tellement d’amour de ma mère et tellement de force de ma
      famille, si je disais que mon père m’a beaucoup manqué, je mentirais.

      (cuisine)
      Frère
      La carrière de Safet a commencé grâce à cet homme là. Il faisait de la breakdance et Safet le suivait
      partout, il devait avoir 6 ans, il prenait ses chaussures, son manteau et il sortait. Il le suivait toujours.
      Alors il lui a montré quelques trucs, il a vu que ça lui plaisait…

      Safet (interview)
      ça a commencé au collège (Hauptschule*) à Wuppertal, j’avais la réputation « Safet il fait des trucs de
      danse ». Ça a commencé avec le projet Kontakthof de Pina Bausch. Ils sont allées d’école en école à
      Wuppertal et ont fait une espèce de casting pour Kontakthof, la pièce de Pina, mais avec des ados.
      Un jour, une de mes amies m’a dit « viens, on y va! » ok, j’ai mis ma casquette, mon t‐shirt préféré,
      mon baggy préféré… quand je suis rentré, j’ai vu les miroirs, la barre… qu’est‐ce que c’est ici? Alors
      j’ai demandé « excusez‐moi, c’est où le casting de hip hop? » Une dame m’a répondu « je ne sais pas de
      quel casting de hip hop tu parles… tu es de quelle école? – Hauptschule Hügelstrasse » Elle a regardé
      ses papiers  » ah oui, Safet, c’est bien ici » Je me suis dit « oh non… » Il y avait de plus en plus de gens.
      J’ai bien remarqué qu’ils étaient différents, c’est pas des Hauptschüler* – la façon dont il parlaient, il
      avaient un autre niveau que moi. Pendant qu’on attendait, ma copine m’a regardé et a dit « mais c’est
      quoi ce truc? Moi je m’en vais » et elle est partie. Et par pudeur/honte, parce que que je me suis dit
      « super, on va encore penser que les mecs du hip hop ne savent pas se tenir, qu’ils sont impolis et
      tout… du coup par défi, je suis resté. Je voulais leur montrer qu’on pouvait porter un baggy et savoir
      se tenir. Alors je suis resté. Bien sûr que j’avais des préjugés sur les autres, des élèves de
      Gymnasium*, et je savais aussi ce qu’ils pensaient de moi. Mais a mieux y regarder, c’est pas grave:
      ils me comprenaient, je les comprenais… c’est ça que Pina, ce projet a fait: ça m’a enlevé ces
      oeillères. Et j’en suis très reconnaissant.

      (cours de danse)

      (cuisine)
      Frère
      Mais ça va pas? T’es une fille pour faire de la danse classique? Et il m’a dit « non mon frère, il n’y a pas
      que des filles qui font de la danse » non, mais moi, je n’ai encore jamais vu d’homme en faire. Nous,
      on ne voulait pas qu’il fasse ça, breakdance ok, mais ça…

      Maman
      Quand Safet m’a dit qu’il voulait faire de la danse classique, j’ai eu peur de le perdre, qu’il oublie la
      famille… mais à l’époque je me suis dit « je vais me battre, ce que mes enfants veulent, je vais leur
      dire oui » Vous, vous étiez contre, mais qu’est‐ce que j’ai dit?

      Frère
      Tu as dit « mon fils veut faire ça, vous ne vous en mêlez pas. Point »

      Frère
      Mais quand on a vu ce qu’il était devenu, on a dit « vas‐y, tu donnes 110%, pas seulement 100%. Je
      suis très fier d’avoir un frère comme ça.

      Maman
      La danse classique, c’est de l’art, du grand art, je le sais, mes frères sont allés à l’école. De 10 enfants,
      nous sommes seulement 3 à ne pas y être allé – 7 y sont allé – moi non. Je ne sais ni lire, ni écrire.
      (Université)

      Safet
      Sur le site Internet, il est écrit qu’il faut le bac pour étudier à la Folkwang, sauf – c’est toujours bizarre
      de dire ça… mais c’est écrit comme ça sur le site – il font des exceptions pour « talent artistique
      exceptionnel » si on a du talent, ils ferment un oeil…
      Un ami de Kontakthof, Jan, m’a dit qu’il passait l’examen d’entrée à la Folkwang « la quoi?
      Volkswagen ou quoi? – non, la Folkwang, l’université! » Alors j’ai demandé à ma prof à l’école ce que
      c’était. Elle a écrit ma lettre de candidature avec moi dans la salle des ordinateurs, elle m’a beaucoup
      aidé. Et puis j’ai reçu une convocation. Et là, premier obstacle: il fallait faire un virement de 30 euros
      pour s’inscrire à l’examen. Je ne voulais pas demander d’argent à ma mère – je savais qu’elle me les
      donnerait mais qu’elle ne les avait pas. Alors j’ai appelé quelques amis, on est allé dans le centre à
      Wuppertal et on a dansé avec un ghetto blaster pendant quelques heures. Les gens ont été
      généreux, il faisait beau et tout, après quelques heures, j’avais 28 euros et quelques, j’ai demandé 2
      euros à ma mère, j’ai ouvert un compte en banque pour la première fois avec ma prof, j’ai déposé les
      30 euros, j’ai fais le virement. Et puis je suis allé à l’audition.
      J’avais seulement 17 ans, même pas majeur. Il y a avait des gens mortels, super souples, ils
      regardaient leur portable en faisant le grand‐écart! Je suis rentré, je me disais « jamais, jamais… » j’ai
      retiré mes écouteur, j’étais cool. Mais je n’aurais jamais cru qu’ils me prendraient, jamais. C’était un
      jour comme aujourd’hui, il faisait super chaud… et puis de la danse classique… Et puis, au moment de
      l’impro, je me suis dit « ok, il faut y aller là » Juste avant, Monsieur Förster a dit « ce qui m’intéresse, ce
      n’est pas la façon dont vous bougez, mais pourquoi vous bougez, qu’est‐ce qui vous transporte?
      Montrez‐moi qui vous êtes » D’une façon peut‐être un peu « arrogante » je me suis dit « ok, si tu veux
      voir Safet, si tu veux voir la rue, je te montre la rue, pas de problème! » J’ai sorti mes moves de hip
      hop… et oui, par chance… je ne sais pas pourquoi ils m’ont pris… je crois que c’est bien que je ne
      sache pas quelque part…
      Après la fête, je suis rentré à la maison et j’ai dit à maman « ton fils est étudiant à partir d’octobre »…
      embrassades, bisous… mes frères aussi étaient très fiers de moi « ça y est , tu es sorti du ghetto! »
      Je ne me suis jamais senti à l’écart ou moins bien, mais il y a énormément de différences. J’ai sans
      cesse été surpris de voir à quel point ma façon de penser était simple, et bien sûr je suis très réceptif,
      comme une éponge.

      (se lave les mains, prière)
      il y a plusieurs spécialistes qui disent qu’on a le droit de danser – mais seulement entre hommes. Il y
      en a qui disent que c’est à la limite/une zone d’ombre. Moi je comprends que pour l’Islam,
      l’important ce sont les intentions. Souvent, je ne sais pas si c’est bien ou mal ou si je trahis ma
      religion. Mais je ne veux pas douter de la miséricorde de Dieu – sinon j’ai perdu, je deviendrais fou
      sinon. Parce que ma passion pour la danse est très grande, mais elle ne doit pas être trop grande. Je
      crois en la miséricorde. Et si mes intentions ne sont pas mauvaises, je ne vois pas pourquoi je ne
      devrais pas continuer à danser.

      (bar narguilés)
      mes frères sont bien plus impliqués dans le milieu Rom, ils n’ont pas la tête ailleurs comme moi – j’ai
      Pina, la danse, des gens qui pensent différemment, pas du tout conservatifs. Pour moi, c’est difficile
      dans ce milieu, mon niveau de romanais (?) n’est pas très bon, j’ai souvent du mal à m’exprimer
      quand on me demande « ok tu danses – tu veux faire ça longtemps? Qu’est‐ce que tu veux faire avec
      ça? » Je dois l’expliquer aux gens. C’est un peu stressant parfois. Et puis je me sens aussi blessé dans
      ma fierté en tant qu’homme quand je n’arrive pas vraiment à me faire comprendre. Parce que
      danseur, c’est aussi un métier, un danseur lui aussi est parfois 8 heures d’affilée dans un studio, sans
      manger, sans boire, sans dormir, et il doit se donner à fond – pas seulement quelqu’un qui travaille
      en usine et construit des voitures. Un danseur aussi accomplit quelque chose.
      Bien sûr que ma famille a des attentes. Ils se disent « ok, il fait ses 4 ans, 2 de plus maintenant donc 6,
      et puis il va avoir un contrat, un travail et il va gagner sa vie. C’est ce que je souhaite aussi. Mais je
      leur ai expliqué que ça pouvait se passer autrement, je serais peut‐être obligé de travailler pour des
      projets plus petits, dans la « scène libre/indépendante », parce que personne ne s’intéresse à moi…
      j’essaie de le faire comprendre peu à peu à ma mère et mes frères… et ils comprennent déjà mieux
      qu’il y a 4 ans je crois.

      (université)
      Maman
      C’est beau ici, où il étudie, je suis fière de mon fils..

      Frère
      Regarde, là c’est marqué « Safet Mistele »

      (fin du spectacle)
      il est vraiment fait pour être sur scène – c’est un danseur né ton fils
      (…)

      Safet
      Je vous ai vu d’en bas – la petite dame avec un foulard qui s’agitait

      Frère
      Je suis fier de toi – tu sais de quoi tu as l’air sur scène? Tu ressors vraiment

      Safet
      Il ne faudrait peut‐être pas en fait…

      Frère
      Et le costume… violet, ça te va bien… On va boire quelque chose… tu as un job ou quoi?

      Safet
      Peut‐être, il vient de m’appeler « I see you’re busy so I call you next time »

      (train)
      Safet
      Un petit rêve s’est déjà réalisé – j’ai reçu un appel du Tanztheater (Pina Bausch), ils m’ont demandé
      « tu n’aurais pas envie de faire un remplacement pour commencer et puis ensuite en fonction de ce
      qui se passe, peut‐être de danser avec nous? »
      Je voulais danser cette pièce depuis toujours. Je voulais savoir ce que ça faisait, avec cette musique,
      ces gens, ces sentiments pendant 35 minutes. C’est une pièce très forte et je voulais absolument en
      faire l’expérience.
      C’est incroyable. Je pensais que je le danserais dans 20 peut‐être, à 40 ans… bien sûr que je suis
      nerveux c’est le Sacre du Printemps, avec le Tanztheater Wuppertal, c’est grand.
      Je ne sais pas si je veux danser toute ma vie. Je veux danser tant que j’ai l’impression que c’est bon
      pour moi. Parfois, j’ai peur de cette question parce que je ne sais pas ce qui va se passer. D’un côté je
      veux et d’un autre je ne sais pas combien de temps ça ira avec ma culture, mes origines Roms.
      Bien sûr certains jours je me dis, faire ça toute sa vie, sans savoir si tu pourra gagner ta vie
      régulièrement, aller de ville en ville… c’est un peu Rom en fait, gitan, voyager… mais je ne sais pas si
      j’en serais capable. Un jour j’aimerais avoir des enfants, il faudra une vie réglée, une certaine routine
      – tant que je suis seul, c’est ma décision, je suis responsable. Mais à partir du moment où ça implique
      plusieurs personnes, je n’ai plus le droit de penser à moi, je dois penser à nous, au bien de la famille.
      Dans un monde où tout va bien, sans famine, sans terroristes, dans un monde comme ça, je
      danserais toute ma vie, avec plaisir même. Mais je laisse la vie décider pour moi.

      * pour te donner une idée: en Allemagne, il y a plusieurs sortes de « collèges » après le primaire, la Hauptschule,
      la Realschule et le Gymnasium (équivalant de notre collège+lycée et le seul des trois où on passe un « bac »).
      Hauptschule, c’est le niveau le plus faible, ça s’arrête après la troisième.

  • Merci Timai pour ton blog qui est un oasis de douceur, d’amour, de joie de vivre et de tendresse. Le monde en a besoin. Merci, meRci, mercI !!
    Je suis moi-même de culture musulmane mais agnostique depuis toujours, ma famille est au courant, je ne suis pas la seule ça aide, mais ma mère me demande tout de même tous les ans si je vais faire le ramadan … euh … Cela dit je n’irai pas le crier sur tous les toits (encore moins dans un pays musulman) en faire un spectacle ou un livre et je pense qu’on est pas mal dans ce cas et donc merci Bouziane pour ton courage et ton élégance.
    Cela dit, toutefois, cependant, les idéologies ne sont pas que religieuses, et je n’irai pas non plus crier sur tous les toits (encore moins en France et surtout en ce moment) que la République c’est du caca qui après avoir oppressé et acculturé les Alsaciens, les Savoyards, les Occitans, les Picards, les Italiens (relire Cavanna), les Polonais, les Algériens (je ne parle pas arabe et ça me chagrine beaucoup), les Maliens, les Malgaches, et les autres… pour créer un Homme Nouveau, la Quintessence de la Civilisation, le Français, et nous faire croire qu’elle est toute gentille et mignonne avec ses valeurs universelles (liberté, égalité, fraternité), tellement universelles qu’on ne les voit jamais en action nulle part. Ouioui je sais si je ne suis pas contente je n’ai qu’à repartir à la nage chez moi … mais c’est où chez moi ? je n’ai pas de chez moi, je suis acculturée, le c… entre deux chaises, pas à côté, pas n’importe où, entre.

  • ô merci Maï. Je n’ai pas vraiment les mots tellement l’émotion vraie est présente.

    Ce blog m’apporte toujours autant de réflexion et d’ouverture c’est incroyable.

    Mon fils me dit souvent « ce qui vous fait peur c’est l’inconnu…il faut aller explorer pour comprendre… »…oui il a raison et ton blog m’aide parfois à le faire

    Ces deux hommes (j’ai vu la deuxième vidéo), c’est la génèrosité et la liberté à l’état pure. j’admire cette volonté « d’être soi même » et je sais combien c’est dur de se sentir enfermé…que se soit par la religion, la culture, les coutûmes…Dès lors en plus que nous sommes confrontés au regard des autres, aux préjugés, à l’incompréhension, ça demande une force incroyable. C’est difficile de croire que l’on trahit sa religion, sa culture ou ses coutumes pour se sentir libre…et en même temps c’est tellement important de se remettre en question non ?

    Si on sait qu’il y a de l’amour et qu’il y a cette zone de sécurité pour justement pouvoir s’exprimer comme on le souhaite même si parfois, des conflits de générations, d’incompréhensions nous font barrage…si on sait que malgrès tout cet amour est là, alors on peut « foncer » et explorer pour se trouver,se chercher.., il faut simplement que chacun de nous reste ouvert à l’autre…

    Mille merci Maï
    C’est quand même de la vraie chiale tes vidéos 😉

  • Qu’est ce qu’ils sont beaux ces hommes !
    C’est tellement fort cette démarche, être soi même, dans cette société qui broie l’humain avec tellement d’inexorabilité… Ils me font un bien fou.

  • Salut boubou
    Et oui c’est ton grand frère.
    Fait ce que tu as envie , dit ceux que tu envie je serai tjrs la.
    Même si je suis musulmans tous comme le reste de ta famille on t’aimera tjrs .
    la bise petit frère

  • C’est beau, merci Timai 🙂
    Juste une remarque, on ne devient pas agresseur sexuel parce qu’on est frustré mais parce qu’on est malade. C’est différent et heureusement. Sinon beaucoup de gens seraient des prédateurs… mais le message global est très beau 🙂

  • Bonjour, c’est quoi le rapport avec les attentats ? Est-ce que vous ramenez tout ce qui concerne de près ou de loin une personne venant d’un pays à majorité musulmane aux attentats ? Il se passe quoi dans votre tête à ce moment ? J’essaie juste de comprendre. La danse a une grande tradition dans beaucoup de pays dits musulmans. Je ne parle pas seulement de danse orientale ou du ventre, mais également de dabke, gnawa ou de danse soufie par exemple. Mais ce que vous retenez c’est l’attentat et le rapport à religion. C’est flippant de voir des personnes comme vous toujours tout ramener à la tuerie de Charlie Hebdo. Est-ce qu’il vous arrive de vous demander si les attentats de Charlie ne sont pas exclusivement dus à la liberté d’expression, mais en partie à la politique étrangère de la France ? Je ne vais pas vous faire une leçon de géopolitique. La France ancien empire colonial intervient militairement dans plusieurs pays musulmans. Interventions qui n’ont fait que renforcer la présence de groupe comme Al Qaida ou Daesh qui instrumentalisent l’islam a des fins politiques. Ceci n’est pas spécifique aux groupes islamistes. Souvenez vous de Breivik ou de G. W. Bush a mené la guerre en Irak en se servant de citations bibliques. Lisez le monde diplomatique ou Orient XXI. Mais surtout sortez de votre monde binaire (monde libre vs obscurantisme). Ce commentaire critique et confu vient d’un ras le bol de cette dépolitisation systématique qui ne sert que le choc des civilisations. Libre à vous de le publier ou pas. Du moins cela m’a fait du bien d’écrire mon malaise par rapport à votre texte. Si des musulmans me lisent, courage à eux, qui sont sans cesse H24 ramenés aux attentats. Vous n’avez pas besoin de vous désolariser ou de vous justifier de quoique ce soit. Et pour en revenir à la danse, pour avoir voyagé dans des pays arabes, cela fait partie intégrante de leur culture, et les arabes se posent BEAUCOUP moins de questions que vous, sur la compatibilité de la pratique de la religion avec la danse.

  • Bravo Maï et bravo Bou.
    Pour les commentaires critiques (notamment didi?!?)… Il aurait fallu tenir compte de la première remarque de l’artiste qui explique qu’il ne veut pas faire de généralités ou lancer un débat… Il raconte SON histoire. C’est comme ça. C’est plein de sincérité, de franchise, d’amour, de douleur, d’interrogations, de craintes… Plein de vie quoi.

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