Sophie Fontanel

20 ans

Voici bien longtemps que nous ne nous étions pas replongés dans les « 20 ans » de quelqu’un. et aujourd’hui c’est l’incroyable Sophie Fontanel qui nous fait l’honneur de se prêter au jeu. Quelle rencontre a-t-elle faite avec elle-même, alors qu’elle était une autre. je suis très émue de la découvrir sur cette photo posée sur un bout d’histoire. elle n’a tellement pas changé! car il me semble que déjà, ses yeux chantaient!

J’ai eu du mal à retrouver une photo de mes 20 ans, car j’ai perdu toutes les photos de famille dans un déménagement, il y a trois ans. Celle-ci, je l’ai retrouvé chez ma tante. Elle a été prise à New York, elle m’avait emmenée chez un barbier à qui j’avais demandé cette coupe de cheveux. Je voulais ressembler un peu à un Elvis Presley féminin. À Audrey Hepburn aussi.
A 20 ans, j’étudiais la littérature à la Sorbonne, mais j’étais aussi chanteuse. J’écrivais et composais des chansons, et j’étais en studio chez RCA, puissante maison de disques de l’époque. J’ai essayé de remettre la main sur le disque, mon frère l’a quelque part chez lui. C’est fou comme on perd tout, dans la famille.
Bref, je chantais depuis l’enfance, j’avais une voix claire comme un rossignol, et je ne sais pas si je me trouvais belle, sans doute pas, mais j’avais une confiance infinie en mon charme. Il suffisait que je prenne ma guitare et les garçons me regardaient, émus. J’aurais pu être une jeune fille très épanouie grâce à tout ça, sauf que y avait une fêlure, sans doute celle qui me faisait chanter des choses si tristes. Cette fêlure m’amenait à sans cesse douter de moi. Aussi fort que j’avais conscience de ne pas être laide, j’avais conscience de ne pas être la plus belle, ni même peut-être « parmi les plus belles ». Un amoureux de l’époque disait que j’étais « presque belle ». J’aurais dû le planter là mais, au fond, il touchait à ce nerf de ma blessure, et cela me semblait tellement familier, si juste. J’ai mis du temps à comprendre qu’il n’y a pas tant que ça une réalité, ce que l’un trouve beau, l’autre ne l’aime pas. Et aussi qu’il faut aller à la rencontre de sa beauté. Ça ne tombe pas tout cuit. D’ailleurs je crois que c’est une chance quand ça ne tombe pas tout cuit. Ça permet d’inventer quelque chose. De se faire naître autrement. C’est le début de la créativité.
J’étais incapable, à 20 ans, de comprendre le lien entre ma blessure et mon « don » pour l’écriture. Pourtant, je sais maintenant que si l’écriture a tout remplacé dans ma vie, c’est à cause de cet abri qu’elle a été quand j’avais 20 ans, et même avant. Pour autant, ma blessure ne se voyait pas. J’étais intrépide, je faisais des études de lettres et passais mon temps à refaire le monde au café, j’adorais danser, je m’achetais peu de vêtements mais des choses que j’adorais, je me mettais le rouge à lèvres sur les lèvre et sur les joues, je me coupais les cheveux moi-même et vénérais l’originalité, je ne me faisais aucun souci pour l’avenir, persuadée de devenir célèbre par mes chansons.
Les mots de mes chansons ont été mon maquillage, cette voix que j’osais faire sortir de moi, c’était ma nudité.
L’année de mes 20 ans, j’étais à Saint Tropez, j’étais allée me baigner, je sortais de l’eau. Un type m’a abordée, comme ça, un dragueur des plages. A l’époque toutes les filles de mon âge étaient seins nus sur la plage. Et il s’est assis à côté de moi pour me baratiner. J’ai pris conscience que c’était donc possible, quelqu’un sensible à mon charme sans même que j’ouvre la bouche pour parler ou chanter. J’ai compris qu’il ne faudrait jamais s’en faire. Mais je m’en suis fait un peu quand même, et je me suis mise à parler comme une moulinette et à dire que j’étais chanteuse. Il est parti, penaud. Bon, d’accord, il était pas terrible !

Il y a 2 années / Bouche 17 commentaire(s)

17 commentaire(s)

  • Cette femme est d’une élégance dingue, au sens propre comme au sens figuré.
    Son instagram est génial totalement décomplexé et loufoque…
    Magnifique personne.
    Son analyse est si juste sur la beauté qui se découvre plutôt que celle qui s’impose. Merci pour ce portrait.

  • On en apprend tous les jours sur Sophie Fontanel. Je ne savais pas qu’elle chantait. Sophie, quand donc nous chantes-tu quelque chose ??? Mai, c’est une autre vidéo à prévoir 🙂 Merci pour ce texte qui met de bonne humeur et nous permet de mieux comprendre d’où elle vient.

  • Merci pr cette belle phrase chère Sophie… « il faut aller à la rencontre de sa beauté. Ça ne tombe pas tout cuit. D’ailleurs je crois que c’est une chance quand ça ne tombe pas tout cuit. Ça permet d’inventer quelque chose. De se faire naître autrement. C’est le début de la créativité. » je crois que prendre de l’âge est un atout pr les créatives ce qui doit être plus compliqué à gérer pr celles a qui ont toujours étaient persuadées de leur beauté !
    Merci Mai pr ce joli témoignage.

  • superbe idée ! Sophie Fontanel est tellement précieuse. Bourrée de charme, de drôlerie décalée, de sensibilité… Et à 20 ans, si on note son goût des hommes déjà et de l’écriture, elle ne semble pas encore tellement attirée par la mode. Enfin, c’est ce que je perçois à travers son texte. Bises à tous !

  • J’aime beaucoup cette série….On voit à quel point ça remue des choses ce regard que tu nous fais porter sur notre passé(plus ou moins lointain)…On voit aussi la confiance que les gens ont en toi Maî,dans le contenu de ce blog,dans la grande famille de fidèles qui te suivent,pour qu’ils se livrent ainsi avec authenticité et dans le cas présent,la pointe d’humour qui masque l’émotion avec pudeur…..

  • J’aime beaucoup cette rubrique « 20 ans » et tous ces témoignages. Pas si simple de se souvenir de ce que l’on a été à ce moment si particulier. C’est toujours extrêmement touchant. Et les 20 ans de Sophie Fontanel ne dérogent pas. Découvrir qu’elle composait et chantait, finalement ça ne m’étonne pas. « Aller à la rencontre de sa beauté… » à la fois si beau et si juste. Merci !

  • Sophie Fontanel, ce que j’aime cette fille, sans la connaitre (oui, c’est possible et c’est bien aussi)….j’ai eu un tel fou-rire en lisant Otage chez les foireux (je m’en rappellerais toute ma vie, un été il y a quelques années….c’était dans le TGV qui m’emmenait vers La Rochelle, pour les vacances, les passagers me regardaient mi agacé/ mi envieux de mon fou-rire) puis bcp d’émotion dans d’autres de ses ouvrages….cette fille c’est l’amie qu’on rêverait d’avoir, enfin moi en tout cas…..car elle me fait penser à Sagan, rock,émouvante, intelligente
    ok, j’arrête, je crois que je pourrais écrire un roman 😀

  • Alors toi tu sais aussi bien avec ou sans caméra sonder le coeur de chacun, merci Mai pour ce témoignage si touchant car sincère, et merci à Sophie Fontanel d’avoir jouer ce jeu de la vérité que tu mènes chaque fois avec tant de finesse. Je suis passée par toutes les couleurs des émotions et c’est toujours si bon.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *