Femmes qui Courent avec les Loups

Rencontre avec la Psyché Feminine

L’annonce des 53% d’américaines blanches votant pour Trump me fait dire que le féminisme est loin d’avoir conquis… toutes les femmes. Et pour être honnête, je ne l’avais pas vu venir celle là!

Alors sans doute que ma lecture de ce livre légendaire « Femmes qui courent avec les loups » de Clarissa Pinkola Estés, ne va pas résoudre le truc (non ca doit pas trop être leur came ce genre de lecture) mais peut être que ca me donne quelques réflexions possibles. Voyons-voir.

J’ai acheté ce livre il y a 5 ans environ sur les conseils de ma naturopathe. J’ai tenté de le lire une petite dizaine de fois mais rien n’y faisait. Ça collait pas. Ce livre pourtant m’a comme « appelée » le mois dernier. Et nombre de femmes apparemment qui le lisent ressentent ce même appel magique. A certains moments clés de leur vie. Car le livre, ca se dit beaucoup aussi, se lit rarement d’une traite. Tu lis, puis oublie, y reviens, etc.

Le principe est je trouve fabuleux. Il parle de « l’espèce femme », reliée par une psyché commune, celle de la « femme sauvage ».
L’auteure est à la fois psycho thérapeute, ethnologue et conteuse.
Les contes justement. On connaît tous Oedipe, comme un conte fondateur décrivant un passage précis du développement de l’enfant. Et bien, certains contes, traversent les âges, parce qu’ils racontent d’autre passages de la vie humaine, notamment de la vie des femmes.

Le deuxième principe que vous connaissez peut-être, est que l’héroïne du conte ne décrit pas totalement la psyché féminine; la Psyché est peuplée de tous les personnages en même temps. La femme n’est pas uniquement la jeune première qui se marie à Barbe-bleue, elle est ses sœurs, ses frères, les squelettes de la chambre interdite et bien sûr Barbe Bleue lui même.
GE NIAL!

Ainsi la psyché féminine va à chaque fois passer des étapes, pour évoluer
Ou… Mourrir.
Un peu comme dans « Vice-Versa », la femme pour évoluer et faire les bons choix va devoir écouter ses différentes voix, faire mourir sa « trop bonne mère » (au risque de devenir une femme soumise et trop prudente), démasquer Barbe Bleue (on a déjà parlé du mec qui va te mettre la misère mais tu y vas quand même!)(une piste pour comprendre les Trumpettes?), amadouer la terrifiante Baba-Yaga (sa part magique, irascible et dangereuse), se montrer laide comme la femme squelette pour non pas séduire mais toucher l’homme…

Je me suis arrêtée au milieu du livre, totalement passionnée. Et le reprendrai plus tard tant il y à digérer. C’est un livre transformatif!

Tout au long de cette lecture j’ai pensé à Bjork, à Marina Abramovic, à Erykah Badu, Romy Schneider, Lauryn Hill… tout un peuple de femmes sauvages qui depuis si longtemps m’inspire. J’ai pensé aussi aux films de Miyazaki (QUI VA REFAIRE UN FILM…!!!!!!!). Mon préféré étant Chihiro. On le décrit souvent comme féministe car il met en scène des femmes qui démontrent leur courage et leur singularité, quelque soit les étapes ou épreuves que la vie leur donne à vivre.  En fait, il m’a parut flagrant en lisant ce bouquin, que Miyazaki replonge dans nombre de ses films, dans les contes archétypaux de la femme sauvage. Et décrit pour chacune de ses héroïnes, dans un langage si proche de l’inconscient et des rêves, un moment où sa psyché est amenée à évoluer. La femme sauvage a mille visages, et tellement de force.

Longue vie au féminisme auquel elle nous invite!

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Il y a 4 mois / Bouche 77 commentaire(s)

77 commentaire(s)

  • Alors ça…si je pouvais mettre une photo de chez moi…ce livre trône ici depuis des lustres au même endroit. Je viens l ouvrir en lisant ton post et je tombe sur…rendre la rivière à la rivière…ahahaha. Si ce n’est est pas un signe ça 😉

    Rien à voir…mais j’ai beaucoup pense à toi…je ai regardé la grande librairie sur la 5 et ils parlaient de la beauté. Ab Dal Malik que j aime beaucoup a donné cette definition à quelques mots prêts. La beauté. Est un projet. : comment chercher les harmonie. François. Cheng le philosophe nous dit : l âme humaine répond à la beauté par la création. Et que la beauté est une synthèse Entre la raison et l émotion…
    Comment ne pas avoir une grosse pensée pour toi quand on entend tout ça hein 🙂
    Mille bises Mai. Et encore merci merci

  • Ce livre est magique, je suis entrain de le lire aussi. Je l’ai repris plusieurs fois également, l’ai offert à des proches … Il est fantastique !

  • Ouah! Je l’ai vu passer des dizaines de fois quand je travaillais en librairie et je n’ai jamais osé le lire….mais ça c’était avant de lire ton post et de lire le dernier livre de Chloé Delaume, les sorcières de la république, que je te conseille vivement, roman génial et drôle, post apocalyptique sur, entre autres, l’élection d’un parti féministe en France en 2017…! Alors je vais aller acheter ce livre chez mon amoureux de libraire et aujourd’hui je vais assister au 7ême colloque des Violences faites aux femmes organisé par la ville de Strasbourg, et même chanter dans la chorale féministe qui l’accompagne! Alors Mai, comme on dit chez moi, les grands esprits sé rencontrent, ton post ce matin n’est pas un hasard, et longue vie au féminisme! Grosses bises sororales!

  • Parmi ces 53% de femmes blanches qui votent Trump , il y en a certes quelques unes qui ont une vision assez traditionnelle et fataliste de la condition féminine mais je pense qu’une énorme partie a simplement fait ce que des millions de femmes font tous les jours: tenter de survivre dans un pays où le taux de chômage explose . Donc, oui, elles ont priorisé le protectionnisme utopique vendu par le milliardaire, cru à l’accès aux soins ( Trump ne s’y opposait pas et avait promis la baisse du coût de certains médicaments), aspiré à la suppression de l’impôt fédéral qui touche les revenus modestes, succombé à l’accès à l’emploi promis comme allant de soi si le programme était appliqué , et tenté de venger une région sinistrée en votant contre celle qui a signé des accords libéraux qui l’ont ruinée , jubilé à la promesse de taxer les traders et le rétablissement de la loi glass steagall… ou elles n’y ont pas cru et ont simplement voulu voter  » pour emmerder le système » ( le vote m’en foutiste de l’enfant qui de toute manière n’a , lui, rien à gagner ou à perdre et pense envoyer un message ) . Le racisme et la misogynie étaient des steaks lancés aux chiens, mais beaucoup ont fermé les yeux là-dessus car trop déçus des politiques ( mais protégés car inexpulsables, pensant passer entre les mailles car  » intégrés » et mettant la solidarité au second plan ) . C’est ce qui se passe ici aussi.
    Ce que je veux dire c’est que par certains aspects, le programmes de Trump avait de quoi attirer ces femmes qui ne sont pas des idiotes soumises au mâle blanc. Elles ne peuvent simplement pas faire du féminisme un billet pour faire bouillir la marmite. Quand on n’a rien à perdre ou à gagner car on a déjà tout, le féminisme peut faire pencher la balance , mais il faut aller dans ces endroits où il ne reste rien qu’un espoir chevillé à la haine pour comprendre que ce n’est pas la défaite de la démocratie ou du féminisme, ni même celui d’une pensée progressiste, mais celle de la politique ( ce que Badiou analyse bien dans le lien que j’ai laissé hier sur ton précédent post).
    http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/cinq-raisons-pour-lesquelles-trump-va-gagner/
    http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

    C’est triste que le féminisme ne soit pas une priorité pour tous, pas dans le sens où certaines ne veulent pas y accéder, mais dans le sens où certaines ne peuvent le prioriser…

    • hello sam! je ne suis plus sure. ce que tu dis es vrai et je le partage… pour partie. il semblerait que l’argument « anti-système » soit en train de tomber, à mesure que des études plus fines arrivent à nous. il y a aussi un danger a tout mettre sur le système. on n’a pas encore entendu ces 53% de femmes blanches. qui ne sont pas plus pauvres que les femmes noires me semble t il. et j’ai hâte vraiment qu’on les connaisse mieux pour savoir quoi leur dire. il y a aussi tout ce mouvement (aux etats unis) de jeunes femmes anti-feminist qui ne comprennent pas le sens de cette lutte (lorsque l’on lit leurs arguments). le féminisme a besoin d’être repensé ou revalorisé car la question du genre est centrale dans la violence de notre monde. on y reviendra bientot avec une rencontre que j’ai faite avec grayson perry. sinon, tu n’as pas vraiment joué sur le post de Trump si? bisous!

    • Bonjour à vous 2. Je suis assez proche de la vision de Sam sur « la raison » du vote des femmes quel que soit leur couleur de peau. Après je ne suis pas spécialiste du féminisme et n’ai pas examiné les chiffres en détail. Les liens de La Pistache dans le post de Trump sont très instructifs. Le féminisme se portait-il mieux dans les 60’s , en plein boom des « 30 glorieuses » ? j’ai l’impression que oui.
      La faillite des gauches en général explique aussi les raisons du vote pour les bonimenteurs.
      Pourquoi les gauches se font-elles tailler des croupières presque partout dans le monde par des partis qui prétendent mettre au cœur de leurs préoccupations les oubliés, les invisibles, les damnés de la mondialisation, les sans-grade, les déclassés ?
      http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/13/l-ecrasante-responsabilite-de-la-gauche-dans-la-victoire-de-donald-trump_5030326_3232.html

    • L’inquiétude quant à l’avenir bien compréhensible et des réflexes de repli sur soi, quand une minorité dilapide le présent pour son propre profit !
      je repense à l’article de JY Leloup

  • Bonjour Mai, chere Mai…
    Tout d’abord je voudrais te dire que tu es une Sacree nana! dans les 2 sens du terme! Merci de mettre en lumière la Beaute du monde avec ton si joli regard sur celui-ci… Je m’arrête la parce que je pourrais écrire un poème infini louant ce que je sens de toi et ta manière de faire.
    Oui, tu as raison, ce livre a un pouvoir magique. Ma maman me l’avait prete, il y a, pffff… je me souviens plus. Comme toi, je l’avais ouvert et lu un petit peu et je l’ai laisse. Pour l’instant, il ne m’a pas rappelé a lui. Entre temps, j’avais découvert Helene Grimaud et son 1er livre « Variations sauvages ». Je me souviens m’être sentie moins seule. Je m’étais dit : « Ah! enfin! une jeune femme appelée par autre chose… » Oui, parce qu’ a l’époque, les « appelées par autre chose » ils avaient souvent plutôt l’âge de ma mère. J’etais obsédée par cet être, comme une inspiratrice, une amie silencieuse. Je suis allée dans son centre de protection des loups a South Salem (NY). Je me souviens avoir eu envie de sauter par dessus le grillage de protection pour aller me rouler et jouer avec ces fabuleux loups. Aujourd’hui, je les repère ces femmes qui dansent avec les loups, et il y en a plein, plein!! La, me vient Marianne Sebastien et Vandana Shiva. Et puis d’autres, moins connues. Et moi, j’ai reconnecte avec ma nature profonde, la petite sauvageonne que je sentais de moi. Et elle prend de plus en plus de place. Et je me sens de plus en plus en joie. Et je vous souhaite a tous de renouer avec votre noyau le plus précieux, le plus inouï, le plus « Pffffiou! ». Belle Journee,
    Oriane

  • Une femme sauvage, c’est quoi ? C’est qui ? Comment se comporte-t-elle ? A-t-elle des rêves et quels sont-ils ? Quelques pistes avec ton post. L’image de la femme sauvage pour moi c’est Louise Brooks, l’insoumise. A côté de la plaque avec L Brooks ? Mais en dehors de l’image, ETRE une femme sauvage c’est quoi ?

  • Hello Mai ! Merci de la découverte !!!
    « La femme sauvage est une composante de la féminité, qui pour une femme ayant fait la paix avec sa masculinité, voit se déployer en elle, sa féminité. La « femme sauvage » peut alors s’épanouir. »
    Non seulement j’ai l’impression de me lire dans ces mots, mais en plus Clarissa Pinkola Estès a l’air d’une femme passionnante. Mexicaine adoptée, conteuse et psychanalyste inspirée par Jung, elle se situe « sur le plan du féminisme […] plutôt dans un travail de conscientisation et de guérison que de revendication ». En quelques mots, je pense que c’est vraiment une direction intéressante du féminisme et qui donne beaucoup plus de puissance et de joie qu’une opposition « contre » systématique. (qui a son sens ponctuellement, mais systématiquement qui est usante)
    Je redécouvre mon féminisme après une relation toxique, dans laquelle cet homme ne supportait aucune affirmation de ma part et encore moins d’un quelconque féminisme, du coup je te remercie de mettre ce livre sur la route de bibliophilie, voire bibliophagie haha !

    Des bisous

    Amandine.

  • Ce livre m’a été conseillée par une collègue ô combien bienveillante et intelligente. Je l’ai lu une fois en plusieurs temps. Depuis quelques jours, en voyant un post sur ta lecture du moment, j’ai très envie de m’y replonger. Ses pages sont magiques, pas faciles à décrypter parfois mais n’empêche, tu en ressors grandie. en effet, il faut y revenir, parce que si tu élagues déjà un peu les thuyas néfastes de ton encéphale, il reste encore et toujours quelques graines bien incrustées. Ce qui est mon cas d’ailleurs. Et ton post avec le tableau de ton frère me parle énormément. On m’a diagnostiqué de la colère en moi… MERDE. Je le savais en fait mais maintenant j’en fais quoi de celle-là ? Bref. Ce livre est une pépite à garder tout au long de sa vie pour parfois s’appuyer un peu afin de sortir la tête de l’eau. Merci Mai pour ce que tu es, vraiment.

  • Encore bien des découvertes en perspective avec ce post, mercis! 🙂
    La femme sauvage est-elle aussi menacée que le sont les loups?
    Allez les loulous, je vous laisse: il faut que je passe l’aspirateur (#cendrillon2016).

        • On ne peut aimer qu’au présent. Seul le présent compte. 😉
          On ne peut aimer qu’au présent. Dire : j’ai aimé, c’est ne plus aimer ; dire : j’aimerai, ce n’est pas aimer encore.
          On ne peut vivre qu’au présent. Dire : j’ai vécu, c’est ne plus vivre ; dire : je vivrai, ce n’est pas vivre encore.
          …Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine.
          …Qu’est-ce qui règne sur moi ? pensait-elle. Quel est véritablement le Maître de mon désir ? et aussitôt elle se joignait à la prière de « Yeshoua – Je Suis » présent en elle : « Que ton Règne vienne », c’est-à-dire, que Ton Esprit, Ton Souffle de liberté m’anime, que je ne sois l’esclave, ni de moi-même (de mes pensées, de mon passé) ni de personne. Que je n’obéisse qu’à l’Amour, que ce soit la volonté de la Vie qui se fasse, qui se réalise en moi…
          À celui qui a, on donnera, à celui qui n’a pas on prendra même ce qu’il a. »
          À celui qui a l’amour en lui, tout lui apparaîtra comme un don, tout lui sera donné comme par surcroît, gratuitement, gracieusement, « grâce sur grâce »…
          À celui qui n’a pas l’amour, même ce qu’il a, lui apparaîtra sans saveur, comme absurde, le monde sera « en trop » et il se sentira de trop dans le monde.
          Chercher d’abord « comment aimer » c’était peut-être cela la question ? Et aimer ce n’était peut-être pas d’abord éprouver de grandes émotions ou de grands sentiments, c’était voir, regarder ce qui était devant ses yeux, agréables ou désagréables, ne rien chercher d’autre que ce qui est là, présent, puisque c’est à partir de cela qui est là, présent, que l’occasion lui était donnée « d’apprendre » à aimer.
          Apprendre toujours… ne jamais prétendre « savoir », car ce que nous savons date d’hier, ce n’est que dans la fraîcheur de l’instant ou dans le froid de l’inacceptable que « l’occasion » (kairos) nous est donnée…
          Nous ne pouvons pas changer les événements, nous pouvons changer notre façon de les endurer ; nous ne pouvons pas changer le monde, nous pouvons changer notre regard sur le monde… C’est le cœur qui fait la différence… quoi d’autre ?
          Ainsi pensait Myriam et ce n’était pas « spiritualité de luxe », hautes spéculations, mais sagesse des pauvres, sagesse de la terre qui ne se plaint pas de l’orage… Sagesse des bêtes et des plantes, blessées par la Vie qui les porte et les nourrit… » Jean Yves Leloup

    • Bien sûr! Selon l’pauteure, C’est meme parce que nous avons été si polissees que la nature elle meme n’est plus défendue, ou meme proprement habitée.

      • « Policé Littéraire. Être parvenu à un certain degré de civilisation, d’éducation » !!!
        Les consciences se réveillent. Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.
        Replanter la terre ! Moins et mieux consommer, recycler, …

      • « Nous, « civilisés », avons perdu les initiations ». Denis Marquet (extrait du texte ci-dessous).
        La femme a besoin aussi d’initiations pour effectivement atteindre, où retrouver en elle cette sauvagerie, cette puissance en chacune d’elle.

  • … et puis Mai, venir ici me donne envie de rugir, ronronner, mordre et griffer. Je sais pas trop ce que ça veut dire. Je vais réfléchir en passant l’aspi. 🙂

    En tout cas, Trump devrait peut-être se méfier des Trumpettes et de la femme sauvage qu’elles abritent sans doute quelque part elles aussi?

  • Antigone : comprendre, toujours comprendre. Moi, je ne veux pas comprendre. C’est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. C’est plein de disputes, un bonheur.
    Ismène : Tu n’as donc pas envie de vivre , toi ?
    Antigone : pas envie de vivre…Qui se levait la première , le matin, rien que pour sentir l’air froid sous sa peau nue ? Qui se couchait la dernière seulement quand elle n’en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un peu de la nuit ? Qui pleurait déjà toute petite, en pensant qu’il n’y avait tant de petites bêtes, tant de brins d’herbe dans le pré, et qu’on ne pouvait pas tous les prendre ?
    Créon : Chacun de nous a un jour, plus ou moins triste, plus ou moins lointain, où il doit enfin accepter d’être un homme.
    Antigone : Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine. Je vous parle de trop loin maintenant , d’un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre.Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte… Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse! Je ne veux pas être modeste, moi, et de me contenter d’un petit morceau, si j’ai été bien sage.
    Le personnage d’Antigone dans la pièce d’Anouilh m’avait fortement marqué à l’époque où j’étais sur les planches avec mes camarades de classe. Quelle force ! Antigone court toujours avec les loups dans mon cœur.

    • Ivo van Hove : « Le monde est sombre et brutal. C’est formidable de mettre en scène le duel entre Créon et Antigone, mais c’est un combat sans fin. La solution n’est ni une société entièrement régie par l’émotion, ni une société entièrement régie par la rationalité. Et c’est là que le chœur intervient. Le chœur est une incarnation de la société, ce qui amène à se demander ce qu’est la société au XXIe siècle. Le chœur fait partie de l’histoire de la cité et, par conséquent, il a un point de vue sur le futur, sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. » « Le pouvoir est l’enjeu majeur de notre époque et de notre avenir! Pris dans le système politique actuel, dans leur conception et leur mode d’exercice du pouvoir, les dirigeants se révèlent aujourd’hui incapables de résoudre les conflits fondamentaux au cœur de la société. Les travaux de Martha Nussbaum, philosophe américaine, nourrissent beaucoup ma réflexion, notamment sa critique de l’omniprésence de la richesse comme mesure de la qualité de vie, sa vision de la justice et son approche des « capabilités ».
      http://www.theatredelaville-paris.com/Publish/media/2989/Antigone_dossierpedagoJ.pdf
      « Un des plus grands obstacles à l’amour tient au fait que l’on fait habituellement contraster les concepts de l’amour et du pouvoir comme les opposés d’une polarité.
      L’amour est regardé comme le renoncement au pouvoir et le pouvoir est considéré comme le déni de l’amour… Ce qui est nécessaire, c’est de réaliser que le pouvoir sans amour est téméraire et abusif, alors que l’amour sans pouvoir est sentimental et anémique.
      Le pouvoir à son meilleur, c’est l’amour mettant à exécution les exigences de la justice.
      La justice à son meilleur, c’est l’amour corrigeant tout ce qui fait obstacle à l’amour. »
      Martin Luther KIng

  • « Ainsi la psyché féminine va à chaque fois passer des étapes, pour évoluer » Mai
    Chez les peuples que l’on disait sauvages existe une dimension que nous avons perdue : l’initiation. Celle-ci est une ritualisation des passages de la vie qui permet à l’individu, accompagné par sa collectivité, de mourir à une forme d’existence périmée pour renaître à une nouvelle. La mort symbolique instaure une rupture avec l’ordre ancien, laquelle passe par une épreuve impliquant souvent des douleurs physiques et morales. Lors de l’initiation adolescente, le garçon peut être enfermé dans une caverne sombre (symbolisant la matrice) où, tout repère aboli, il devra traverser la faim, la soif, l’angoisse de la mort et de l’inconnu. Puis, comme une renaissance, il sera ramené à la surface et accueilli cérémoniellement par la communauté des hommes. Au plus intime des cellules est ainsi reçue l’information qu’un temps est révolu et qu’un autre commence.

    Nous, « civilisés », avons perdu les initiations. Aussi adultes que nous soyons en apparence, nous vivons donc nécessairement dans un immense chaos psychique: les âges sont mélangés en nous et, les nostalgies primitives n’ayant jamais pu être lâchées, nos vrais désirs sont inextricablement mêlés de pulsions régressives, donc agressives. Pour rester dans l’exemple du jeune homme (mais les initiations féminines manquent tout autant…), notre époque ne lui propose rien qui lui permette de faire le deuil de la fusion avec la mère, afin de naître à un désir d’homme dirigé vers une femme et non un substitut maternel (le complexe d’Oedipe est une spécificité moderne !).

    Cet apprentissage devra donc se faire (ou non) au fil des expériences amoureuses, et particulièrement au sein du couple, dans le conflit et la crise. Car à la place de l’initiation, nous avons précisément la Crise – cette initiation sauvage du prétendu civilisé. Sauvage, parce qu’elle se pratique sans accompagnement social et dans la solitude. Elle est donc bien plus douloureuse et incertaine. Et aussi parce qu’aucune explicitation n’est donnée de son sens, de sa nécessité et de ses lois.

    C’est pourquoi nous manquons souvent la portée initiatique des crises qui se présentent. Ainsi, la terrible dépression est trop souvent l’objet d’une simple anesthésie médicalisée alors que, d’un point de vue initiatique, elle est précisément le moment crucial qui assure la transition entre la mort à l’ancien et la naissance au nouveau. La réintroduction d’une compréhension initiatique, dans nos vies et dans la conscience collective, est donc la grande tâche de notre temps. Cela passe par une nouvelle écoute de certains mots-clés : entendre la crise en son sens étymologique de moment où se décide le chemin; et l’épreuve comme le temps où l’on s’éprouve soi-même de manière neuve. Ne soyons pas nostalgiques: dans les sociétés traditionnelles, l’initiation n’avait pour objectif que de permettre à l’individu de tenir son rôle social dans un contexte de grande coercition. Si la crise est une initiation sauvage, c’est qu’elle répond à une autre ambition humaine: accoucher d’un être unique, irremplaçable, qu’aucun discours social ne peut déterminer – soi-même. Dans la crise et l’épreuve, pouvons-nous entendre l’appel de notre vérité profonde à toujours plus d’incarnation ? Denis Marquet

  • http://www.imagesetlettres.eu/writer/2015/07/21/jacqueline-kelen-un-chemin-dambroisie/
    Extrait : Le catholicisme ne supporte pas que Jésus ait vécu dans la compagnie d’une femme magnifique, riche, pleine d’amour et follement libre. Ils auraient tellement préféré que Jésus ne fût entouré que de mendiantes, de pécheresses et de lépreuses. Le catholicisme romain a donc réussi ce tour de force, après les rédacteurs des Évangiles et l’apôtre Paul, de ne retenir parmi les femmes qui suivaient Jésus que les courtisanes, les adultères, les possédées ou les obscures. Comme la belle de Magdala résistait et jetait trop de lumière, ils l’ont qualifiée de prostituée, mais repentie, se traînant aux pieds du Sauveur ; et à ce prix ils l’ont déclarée sainte…
    Non seulement c’est insultant pour Marie Madeleine, mais c’est également injurieux à l’égard de Jésus : c’est comme si ce dernier ne s’intéressait, dans un rapport de condescendance, qu’à des faibles et des égarées, comme s’il ne fréquentait jamais de femmes cultivées, fines, loyales et aimantes. Or, c’est le fait d’un esprit pusillanime, non d’un fils de Dieu, de ne frayer qu’avec des individus inférieurs.
    Lorsqu’un individu est éveillé, il n’a plus de famille nulle part. C’est en ce sens que Jésus parle de « haïr son père et sa mère » et affirme n’avoir nul endroit où reposer sa tête.

  • Je dois retrouver ce livre planqué dans un carton chez mes parents… D’ailleurs l’avoir laissé là doit bien signifier quelque chose. Une amie m’avait offert ce livre, à moi et à ma mère, lors du cancer de ma mère il y a bientôt 10 ans. J’avais lu des bribes puis je l’avais rangé alors que ma maman qui n’est pas habituellement « trop dans ce trip sauvage » l’avait dévoré.
    Depuis j’ai couru nue en pleine nuit dans le froid humide de la montagne, j’ai mangé au soleil couchant entourée de coyotes sauvages au milieu de Yosemite, j’ai eu confiance dans cette ourse et ses petits à quelques mètres de moi et j’ai embrassé des arbres millénaires. Je suis peut-être enfin prête à lire ce livre !

  • Pensé à toi Mai, à ton inquiétude concernant Tam et Léo (Tiens ! Mai, Tam et Léo 3 lettres pour chacun de vos prénoms ! 3 le chiffre qui symbolise la communication !) en relisant le très beau texte de JY Leloup (Tiens ! Le loup ! 😉 )
    Extrait (lien dans un de mes coms; je me fais tout petit à partir de maintenant, enfin c’est mon vœux, promis !) : « C’est une certaine façon d’utiliser son intelligence et son cœur que de se faire du souci », répondit Yeshoua, « mais est-ce la bonne ? N’est-ce pas une meilleure façon d’utiliser son intelligence et son cœur, que de répondre le mieux possible à la situation présente, sans se préoccuper du lendemain, sans se faire du souci pour ce qui n’est pas encore aujourd’hui ? » Yeshoua ne dit pas qu’il ne faut rien faire, mais de faire tout ce que nous avons à faire sans souci et sans inquiétude ; c’est le souci et l’inquiétude qui nous rongent le cœur, l’esprit et le ventre et nous empêchent de bien faire et de bien vivre… Le souci et l’inquiétude, c’est dans notre tête qu’ils trouvent leurs racines, pas dans la réalité. Si la paix régnait dans notre cœur et dans notre esprit « nous ferions mieux chaque jour l’unique nécessaire et « cela suffit »… »
    Le souci et l’inquiétude, c’est dans notre tête qu’ils trouvent leurs racines, pas dans la réalité.
    A méditer pour moi père de 2 filles et à méditer peut-être, pour toi aussi ?
    Yeshoua, c’est peut-être loin de toi. Pour moi qui suis agnostique, et cela n’est pas une croyance, (je ne crois pas un Dieu avec une grosse barbe), ces textes m’inspirent et je te prie de m’excuser si je déborde un peu trop !

  • Donnez-vous du cœur au ventre. Celui que l’on surnomme « deuxième cerveau » incarne notre centre de gravité. Il est le siège de notre fécondité de femme. Réelle et symbolique. Pourtant, dans cette société où la tête prédomine, nous oublions notre ventre. Associé à la sexualité, il conserve, dans l’inconscient collectif, une aura sulfureuse.
    http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Epanouissement/Articles-et-Dossiers/J-ai-reveille-ma-femme-sauvage

  • C’est un très beau livre, qui ne se comprend je crois que si on a vécu une « renaissance » de soi. Il est à ce moment là tellement précieux pour comprendre la complexité qu’on a en soi et faire émerger la lumière 🙂

  • Bonjour Mai,

    J’ai découvert ce poème en vidéo aujourd’hui et je voulais le partager ici.
    https://www.youtube.com/watch?v=XeoLRDqsMXs
    Ca parle de Dangerous women, who dare to speak up et de cette online epidemic of violence against women. Je n’ai pas encore lu Femmes qui courent avec les loups mais ça m’a donné envie.

    Je trouve qu’il y a beaucoup de bienveillance sur ton blog. Et ça fait du bien. Merci.

    • Bonsoir Chloé, A boire et à manger et donc le pire sur internet. Agnes Török dénonce avec talent, conviction, courage et une certaine jouissance (une part narcissique dans tout ça ?) cette online epidemic of violence against women et la couardise de ceux qui sont cachés derrière leurs écrans. Les méfaits du patriarcat sont bien réels et je comprends sa colère envers ce système.
      Je ne nie pas le pouvoir des mots et la violence qu’ils véhiculent. Ils n’ont toutefois l’importance et le pouvoir que ceux qu’elle leur accorde et qu’elle relaie avec force ! Ne serait-ce pas la course à qui ferait le plus de bruit ? Je ne connais ni ses poèmes ( en dehors de celui-ci) ni les fondements et les propos des réactions hostiles qui l’amènent sans doute légitimement, à réagir. Ne se nourrirait-elle pas cependant de cette violence et ne la renverrai-t-elle pas dans un discours caricatural et une posture victimaire ?
      Les sorties hargneuses et haineuses contre les femmes sur le net ne sont pas le reflet de la pensée et de l’attitude de la majorité (silencieuse ou non) des hommes envers les femmes. Etre attentif et vigilant par rapport à ce qui passe sur le net, dénoncer les abus tout en faisant la part des choses, est certes de salubrité publique.
      Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse.
      Les violences verbales ainsi que les violences physiques contre les femmes et contre tout être, qu’il soit humain ou animal, sont intolérables !
      Hommes dangereux, femmes dangereuses !
      Au delà de tout ça …, Einstein a écrit que l’on ne résout pas les problèmes avec les modes de pensées qui les ont engendrés. L’intention d’Agnes Török ne se place pas sur ce terrain là.
      Donnerez-vous votre ressenti sur cette vidéo et éventuellement sur ce que je viens d’écrire ? Avec toute ma bienveillance ! 😉

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