Couleur

le Sens de la Gratuité

L’autre jour, Garnier m’a demandé d’écrire un texte sur la couleur pour le lancement d’un produit pour les cheveux. et je me suis dis que cette partie du texte pourrait vous intéresser. dîtes moi!

« J’introduis souvent mes cours en racontant à mes élèves l’histoire suivante : si vous regardez un film en noir et blanc, vous allez comprendre toute l’histoire, toute la subtilité des sentiments partagés entre les différents personnages. Les narrations n’ont pas besoin de couleurs pour se faire. Dans ce sens, la couleur est une sorte de gratuité, de don. Une sensualité, une sensibilité qui vous relie à l’œuvre, à l’autre, à la vie. Un paysage qui vous émeut sans rien avoir à vous raconter.

orange et blanc frappés sur asphalte orageux. quelle lumière incroyable!😭😳😍

Une publication partagée par Mai Hua (@mai_hua) le

Et c’est ce « luxe », qui me plaît tellement dans la couleur. Lors de ma première formation sur les couleurs, je me rappelle être sortie en ne voyant plus le monde de la même manière, plus de ciel mais des camaïeux de bleus, plus de table mais des assemblages d’ocres et de bruns, plus de narration ni de concept ni de projection, mais du don et de la gratuité, à l’instant présent! La couleur telle que je la conçois, que vous la portiez sur votre visage, vos cheveux, vos vêtements, vos murs, oui la couleur je la conçois dans cette gratuité. Car dans cette gratuité (un pantalon noir coûte aussi cher que le rouge, la couleur « ne coûte rien »!) il y a de l’envie, du désir, une célébration de la vie et de la beauté. On lâche prise, on s’ancre dans un bonheur présent et abondant, on n’a plus peur de rien. On s’exprime véritablement… ENFIN!

Capture d’écran 2017-02-16 à 22.40.03

paysage corse a quelques minutes d’intervalle

Cette idée de don se retrouve aussi dans l’universalité des personnes pouvant porter les couleurs. Quelque soit vos mensurations, votre âge, votre couleur de peau, votre couleur originelle de cheveux… Vous pouvez aimer et porter toutes les couleurs qui vous chantent. La chevelure peut même devenir dans certains cas la couleur la plus visible de votre corps entier. On peut donc chercher de la naturalité, mais aussi opter pour un parti pris fort qui va se porter comme une parure couronnant la tête. La chevelure, qu’elle soit argentée, rouge, noir, auburn, châtain… fait à la fois partie du corps, tout en s’en détachant. Cela m’a toujours fasciné cette autonomie de la chevelure, par rapport au reste du corps. Cette sorte de sillage coloré. Et quelque part, lui offrir une couleur, c’est se la réapproprier, et anoblir toute la silhouette d’une incroyable présence.

C’est jouer avec soi, son image, mais aussi jouer avec l’autre car la couleur, avant la forme, la coupe, est la première chose que l’œil voit. »

Autumn trilogy Se fondre dans le décor 🍃💛🍁#maicolors

Une publication partagée par Mai Hua (@mai_hua) le

ça vous plait?! etc etc

allez je vous embrasse fort, et pars donner un cours à l’IFM justement! souhaitez moi bonne chance! mouah!

Il y a 6 mois / Bouche 56 commentaire(s)

56 commentaire(s)

  • Que j’aime t’entendre parler des couleurs ♥ !!
    C’est marrant, je n’avais jamais réalisé qu’effectivement, les couleurs sont « gratuites », elles sont un cadeau pour les yeux, pour le moral, pour le sourire ♥
    Et même lorsqu’elles sont bizarrement assemblées, et bien ça interpelle et c’est bien aussi (et comme on dit, tous les gouts sont dans la nature), lol

    Merci pour le partage, Mai ♥

  • OUI ! C’est très juste ce que tu dis, la couleur est un don. Le noir et blanc est plus conceptuel avec une échelle de gris infinie entre ces deux polarités. J’adore et suis sensible aussi bien à la couleur qu’au noir et blanc. Ce sont comme deux histoires différentes. Le noir et blanc m’emporte ailleurs, comme une histoire que l’on écouterait à la radio. La couleur est LA ! L’imagination voyage moins, mais la couleur nous offre tellement plus de couleurs !
    La couleur m’emporte aussi ailleurs !
    A noir E blanc, I rouge … le poème de Rimbaud est magnifique !
    La lumière est complice de la couleur ; étrange de penser et de savoir que dans la nuit noire la couleur disparait des choses elles-mêmes et non de notre possibilité de voir ou de ne pas voir !
    Une couleur n’est jamais la même suivant l’heure de la journée, la qualité et la direction de la lumière qui joue avec elle et le « met au jour ». Le paysage corse en est un bel exemple et la mer est comme un miroir.
    Il est très très important pour son enfant et pour elle-même, qu’une femme enceinte mange des aliments qui transmettent de la couleur.
    C’est une énergie, une qualité et de la vie en plus pour tous !
    Sais tu pourquoi les zèbres portent des rayures ? 😉 Il y a une raison … !
    Bien sûr que cela me plaît ! Il me plait de voir !
    Bonne chance ! Mouah !

  • Merci pour cette magnifique palette Mai (de couleurs de réflexions) et bonne chance pour ton colourcours! 🙂

    En effet, l’infini des couleurs est un don fabuleux, un cadeau.

    Est-ce que l’on considère toujours qu’il y a des couleurs qui ne vont pas bien ensemble? On a souvent entendu dire que le rouge et le fuchsia ne s’associaient pas, tout comme le bleu et le vert, le noir et le bleu marine etc. Il me semble qu’il y a aujourd’hui une joyeuse liberté à les mêler, et que les règles du « bon goût » sont autres. Je trouve d’ailleurs que les associations de ces « incompatibles » peuvent être très réussies. Dans la nature par exemple, les couleurs semblent bien se ficher de nos lois esthétiques. Un paysage corse mêle magnifiquement le vert et le bleu, un chemin de promenade va rapprocher une rose trémière pourpre, un vert prairie, un coquelicot, un bouton d’or (si la saison le permet 🙂 Et la liberté des couleurs de l’arc en ciel offertes après l’averse…

  • ça me rappelle mes envies actuelles de rouge vif, que je n’explique aucunement, mais comme un manque, dans ma garde robe aux couleurs « camouflage » !
    Merci pour ce texte !

  • Merci Mai pour tes mots, il m’ont transportés et c’est toujours un plaisir de te lire !
    J’ai un rapport avec les couleurs que je ne m’explique pas encore totalement, elles me fascinent, m’apportent de la joie et du réconfort, parfois me détendent… Avec ton texte, j’ai l’impression de comprendre un peu mieux ce rapport que j’ai avec elles 🙂

  • aaah merci Mai pour ce beau post. J’aime beaucoup lorsque tu parles de couleurs…

    Tout le monde n’a pas le même rapport à la couleur et de ce qu’elle peut apporter de beau dans le quotidien. Je vois tes photos que je trouve magnifique, je sais que le bâtiment rouge, le blanc le gris je serais restée là à regarder la bouche ouverte sous les yeux médusés de mon entourage…ahahaha.

    Je vois aussi que l’hiver est propice à mon grand désarroi aux couleurs sombres. Tu ne vois que du noir, gris, marron dans la rue et le métro…c’est triste..(.bon ok ça commence à changer un peu)

    Et le mélange des couleurs concernant le vestimentaire ne se fait pas automatiquement. Moi j’aime le rouge et le orange…le noir et le bleu et je me souviens d’une période où l’on m’appelait « cocorico » (merci maman;;;ahaha).

    Quant à la nourriture…ah les salades vertes…Mais non moi il me faut de la couleur, du mélange de rouge, de vert, de oranges…ça m’ouvre l’appétit en fait, pas vrai ?

    Bref, ça fait du bien de lire ton post et de se dire « ben oui c’est vrai la couleur c’est gratuit » 😉
    Merci Mai

  • Petit extrait 🙂
    « Regardez les belles choses que je viens d’inventer ! » dit le magicien quand il eut terminé.
    « Qu’est-ce que c’est ? « demandèrent les voisins.
    « Du violet, du vert, de l’orangé… », dit le magicien.
    « On en a la tête qui tourne », crièrent les voisins.

  • Merci Mai pour ce beau texte ! Il me rappelle le superbe (et un peu cruel) « petit poème en prose » de Baudelaire « Le Mauvais Vitrier » que j’aime beaucoup, et dont voici un extrait :
    « « – Comment ? vous n’avez pas de verres de couleur ? des verres roses, rouges, bleus, des vitres magiques, des vitres de paradis ? Impudent que vous êtes ! vous osez vous promener dans des quartiers pauvres, et vous n’avez pas même de vitres qui fassent voir la vie en beau ! »
    Et je le poussai vivement dans l’escalier, où il trébucha en grognant.  »
    Ô l’élégance d'(ap)porter la couleur, sur soi, chez les autres, dans la vie, dans ses oeuvres et dans ses textes !
    Et la palette de l’expérience est infinie… Mon ami daltonien prend ainsi un immense plaisir à contempler des tableaux vibrants de couleur, et si l’herbe ne lui paraît pas verte, qu’importe ?

  • Oh que c’est excitant ce texte.
    Tu ouvres un nouveau langage pour moi. J’ai une sensibilité aux couleurs accentuée par ma formation en architecture du paysage mais là
    je vais observer mon entourage en terme de couleurs. C’est un peu comme regarder les espaces au lieu des objets. Il me semble que c’est un bon exercice de pleine conscience en plus! Une couche de plus dans la générosité des couleurs.
    Merci !

  • Le monde serait bien triste sans couleur. C’est bizarre mais le blanc et le noir me mettent souvent mal à l’aise. Notamment au cinéma, les films dans l’espace sont ceux que j’aime le moins. Le blanc aseptisé des navettes spatiales comme dans 2001 : l’Odyssée de l’Espace m’ont toujours fait froid dans le dos par exemple. A l’inverse, j’ai toujours eu une fascination pour les arc-en-ciels. C’est fou, je n’avais jamais vraiment penser à pousser de réflexion dessus. Mais en lisant ton texte tout s’explique, les couleurs sont gratuites, elles sont un don qui nous relie à la vie, aux autres qui nous permet de célébrer, pourquoi s’en priver ?! ^^

    • Le noir et blanc ont aussi tout un langage, à la fois sensible et hyper puissant (mon frère truc anh en est passé maitre dans sa peinture). c’est peut être pour cela que ca te mal à l’aise.

  • Jacques Prévert
     » … Couleurs d’Utrillo, de Lautrec ou de Fernand Léger, quand la ville sans le savoir est un musée.
    Couleurs de la photo en couleur si longtemps décriée par les amateurs éclairés.
    Couleurs des palissades, des devantures, des portes et des fenêtres, des terrains vagues, des corridors.
    Couleurs du mauvais goût mais du goût de la vie, couleurs du goût du jour et de la nuit.
    Les peintres en bâtiment ne sont pas des peintres de la réalité.
    Fraîche et violente, à l’instant même ou depuis des siècles craquelée, leur peinture les passants la voient comme en rêve sans jamais la regarder mais sur la cimaise des plus délabrés de ses murs et sans l’ombre d’une signature, elle n’a rien à envier aux innombrables et derniers chefs-d’œuvre de la néo-peinture informelle et haut cotée.
    Couleurs de Paris.
    Couleurs des Tuileries, de l’île Saint-Louis et du quai de la Mégisserie : gris tourterelle et gris de souris.
    Couleurs du canal Saint-Martin : bleu d’outremer, d’outre-terre et du beau Danube bleu quand le Danube est bleu.
    Couleurs de la gare Saint-Lazare à dix-huit heures un quart : gris acier, bleu de chauffe et noir de fumée.
    Couleurs des quatre saisons de la rue Mouffetard à midi : rouge cerise, jaune citron, orange orange, vert pomme et rose radis.
    Couleurs de Paris.
    Les toits de l’Opéra sont verts, le Moulin-Rouge est rouge et Notre-Dame est grise et le Sacré-Cœur blanc.
    Mais le Parisien ne voit plus ces couleurs, il est tout le temps dedans …. »

  • Mais le Parisien ne voit plus ces couleurs, il est tout le temps dedans …. » Prevert s’il était vivant aujourd’hui écrirait peut être : … il est tout le temps dans ses écrans !

  • Pour moi la couleur, c’est d’abord MA couleur. La couleur, je la porte en moi, c’est la première chose que les gens voient de moi. Longtemps, je n’ai porté que du noir, comme pour mettre à distance ce monde coloré jusqu’à la peau dont je viens et m’  » intégrer » visuellement dans un univers urbain fait d’asphalte , de blanc, de bleu, avec quelques tâches de vert là où les arbres ont le droit de pousser. C’est en vieillissant que j’ai accepté la couleur. D’abord par petite touche, et parallèlement je renouais avec mes origines. Aujourd’hui je porte des couleurs, mon dressing s’est chargé, égayé, il est ce que je suis. Mes dessins aussi se sont colorés , je voyage musicalement. Quand je pense à mes jeunes années , je fais le lien entre mes problèmes d’identité culturelles et mon rejet de ce qui était coloré. Un gamin de 8 ans m’a dit récemment:  » tu n’es pas noire , mais tu n’es pas blanche. C’est pas marron, je sais pas comment dire mais c’est joli. » il m’a pris la main et a longtemps regardé ma peau un grand sourire sur le visage. Je me suis dit qu’il avait tout compris, la couleur c’est pluriel: c’est un arc en ciel de nuances et c’est beau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *