La Joie!

La résistance selon Nicolas Go

Photographie de Terri Weifenbach en collaboration avec Diptyque

Etan & me de Viviane Sassen

L’Art de la Joie, Essai sur la Sagesse de Nicolas Go.

 

Ce dimanche, en passant devant une affiche « Je suis Charlie ». Ma fille : « j’ai bien compris tout ce qu’il s’est passé, que c’est important et historique, tout ça, mais… j’aimerais que l’on revienne à un monde en couleurs » (naaaannn…. siiiii).

j’ai tenté de lui répondre sur le temps du deuil, propre à chacun, la nécessité que certains continuent à revendiquer, pour que nous tous, on n’oublie jamais. il y a pour ma part, ce vague à l’âme qui ne me quitte jamais vraiment. et en même temps, je comprends ce besoin de renaître, de ne pas perdre de vue, de ne pas oublier la vie « en couleurs ». je comprends… j’y aspire même!

par ailleurs, avis aux parents, j’ai appris depuis qu’il fallait remettre les enfants hors de ce débat, car ils tendent à revivre pleinement la douleur du moment, alors que nous, c’est un peu différent n’est ce pas?

depuis les attentats, je pense énormément à cet ouvrage magnifique sur l’Art de la Joie. cela fait très longtemps d’ailleurs que je voulais vous en parler. car cela fait longtemps que je le lis, le relis, fous des post-it partout, et l’oublie, et le relis… je n’aurais pas la prétention de vous re-développer toute la réflexion de Nicolas Go, son auteur, mais celle-ci m’accompagne toujours en filigrane, et de manière plus prégnante depuis quelques semaines, car ce qu’il avance est que la joie est une forme de résistance face à l’horreur : déjà que c’est violent, déjà que c’est dur, alors, si je perds la joie, je perds 2 fois.

d’ailleurs, il distingue de manière très intéressante la joie du bonheur. le bonheur est pour lui une suspension, une parenthèse qui nous oblige à oublier la violence : comment être heureux lorsque l’on sait toute la violence qui nous entoure? impossible. le temps du bonheur nous est toujours compté et se trouve étroitement lié à notre capacité d’abstraction, nécessairement éphémère, face à la brutalité du monde. la joie, elle, on l’a toujours en nous. elle est toujours là, pour qui veut y croire, il faut juste parfois, retrouver le chemin (comme la mémoire). et face à un monde parfois désespérant, on n’a parfois que la joie, que le rire à lui opposer. mais si on l’a, c’est déjà ça.

ok Tâm, on ne va pas glisser dans un monde en noir et blanc. On sait ce qu’il se passe, mais on va continuer à lui proposer de la couleur. je trouve que c’est un magnifique programme. non?

baisers… colorés donc!

L’Art de la Joie, Essai sur la Sagesse de Nicolas Go.

Il y a 10 ans / Bouche 18 commentaire(s)

18 commentaire(s)

  • Toutes ces émotions positives de joie, de beauté, d’amour que tu nous envoies à chaque poste, elles nous parviennent vraiment.
    Il est 9h en Afrique du Sud, là où je vis depuis 6 mois, je viens de me réveiller et je sais que ma journée aura une jolie saveur – comme à chaque fois que je te lis.
    C’est un peu étrange de dire ça , mais je suis sûre qu’on a déjà du te le dire: tu es un peu comme une magicienne, tu crées de la magie avec les mots, les images et les couleurs. Ne t’arrêtes jamais de nous envoyer ces ondes positives, parce que je te le promets, tu nous les transmets bien, et on les transmet ensuite à notre tour. C’est pas rendre le monde plus beau ça ?

  • Je me souviens de ma petite de 3 ans le jour de la manif. « Maman y plein de monde. Y la fête!!! Pourquoi maman y pleure? Pourquoi des gens y pleure  » « on pleure parceque c’est un beau moment, un rassemblement pour la Paix. Ça me touche…..  » Je lui ai expliqué que parfois lorsqu’on était bien, lorsque c’est beau, parfois, on pleure de joie . Elle m’a dit « ah oui? Y bizarre d’être grand  » et elle a éclaté de rire. J’avais envie de partager cette anecdote avec toi…..pour la joie 😉

  • Oh la bonne idée… la vraie belle idée. Je pense que c’est exactement ce dont nous… ou du moins moi… avons / ai besoin en ce moment. Je vais le lire, ce livre. Dès cet hiver.
    Mettre la joie au cœur de son existence n’est pas fuir ou oublier toutes les choses de ce monde. C’est simplement le fait de décider de se tourner vers la vie.
    La meilleure réponse que peut l’on donner à ceux qui voudraient que notre société tourne au chaos, c’est de leur montrer combien nous chérissons les autres… et donc la vie.
    Belle journée !

  • je suis au travail…je repasserai c’est certain, mais je voulais te dire….MERCI MERCI MERCI d’avoir reparler de ce livre…Tu l’as fait dans plusieurs post, je ne l’avais pas noté et j’ai cherché cherché cherché…OMG c’est ma Joie de la journée c’est sûre. Je lis ton post dans la soirée.
    des bisous Mai

  • C’est drôle, mon livre préféré, un roman, s’appelle aussi l’art de la joie, par Goliarda Sapienza, qui parle merveilleusement de la femme, des femmes et qui raconte que dans une vie, on peut avoir plusieurs vies, avec la joie qui renaît à chaque fois justement… Je le recommande et l’offre à toutes mes amies, même s’il est pour le moment victime de son succès et épuisé !

  • juste en passant sur la pointe des pieds, « murmures sur l’essentiel, conseils de vie d’une mère à ses enfants » d’Anne Bachus Lindroth. Il m’accompagne depuis des années exactement de la manière dont tu parles de ce livre… si tu as l’occasion de le lire, il a quelque chose de vraiment simple et juste, qui remet au centre de nos vies… nous. Je crois.

  • olàlà merci pour les conseils de livre les filles…voilà aussi pourquoi j’aime venir te rendre visite Maï aussi souvent…la joie et le vrai partage.

    Je crois qu’après ce que l’on vient de traverser et parce qu’on n’en ressort pas indemne, chacun a sa manière de sortir la tête petit à petit…ou de voir les choses autrement. Moi par exemple depuis le 11 janvier je ne vais plus ou très peu sur les réseaux sociaux, j’ai envie du vrai contact avec les gens, mes amis… bizarrement aussi je sors plus, un peu comme si j’avais envie de « re vivre », envie de raconter,d’écouter, de rire…Je n’ai plus envie d’avoir de leurs nouvelles que par le petit écran…je veux les voir

    C’est très émouvant de voir la réaction de ta fille…c’est tellement sain enfin de compte.

    Et ce livre que je cherche depuis que tu en as parlé ici (faut il encore que je me sois souvenue du titre…ahahaha), j’ai envie de le lire parce que c’est aussi une philosophie que j’ai depuis quelques années et que je tiens à garder.
    Deux phrases d’un livre E E SCHMITT dans son livre « les 10 enfants que mme MING n’a jamais eus » :  » nous naissons frères par la nature et devenons distintcs par l’éducation… » et… » au lieu de se plaidre de l’obscurité, mieux vaut allumer la lumière »…cette dernière j’en ai fait mon adage
    Des bises Maï et encore merci

  • J’ai vu au zapping un bout du petit journal. Le journaliste interroge une femme qui a été déportée à auschwitz, il lui demande si ils leur arrivaient de rire dans le camp. Et elle lui répond que oui, et même de chanter parfois, que c’était presque une forme de résistance. ça fait pas mal écho à ce que tu dis. Bises et merci

  • Y’a la joie et aussi .. les solutions cachées ! Ces petites solutions, ces portes ouvertes qui nous améliorent la vie mais qu’on voit pas.. Il faut parfois que ce soit les autres qui nous proposent des chemins ! (Pour la joie c’est la même chose, c’est ta fille qui t’a appelée à la joie )

    C’est très abstrait comme ça, j’y ai pensé ce matin dans ma voiture, mais ça m’a inspiré un texte 🙂

  • Blog politico-philosophico-beauties ça me va très bien… HAHAHAH son nom est tellement chouette à ce Monsieur GO… Oui Oui Stéphane Go on part avec vous dans la joie…

  • Merci pour ce post! Merci pour le conseil du livre! Difficile de ne pas se laisser envahir par cette émotion de tristesse face aux violences qu’il y a dans la vie. Et pour faire face, retrouver cette joie au fond de soi, pas toujours évident. C’est ce que tu nous transmets (la joie de vivre) à travers le blog depuis le début et ça c’est super!:) merci!!!

  • Ho pétard, Mai. J’ai les larmes aux yeux là. Merci, merci, merci, MERCI. Je vais me jeter sur ce livre. Et puis, je voulais te dire, il y a quelque chose dans la tournure de tes mots qui m’a de suite ramené à Brel, « Quand on n’a que l’amour ». Et ça, comment dire, c’est pas rien. Parce qu’arriver à manier les mots comme des caisses de résonance/raisonance (oui j’invente un mot, allez), c’est pas tout le monde qui y arrive. Comme dirait l’autre, donc, « merci et chapeau bas » !

  • Bonjour,
    Cet article me trouble, je le trouve beau et doux. C’est le passage sur la perte de la joie comme une seconde fois où nous perdrions… Cela résonne en moi comme si on se rajoutait une chose, une pression, un objectif supplémentaire, quelque chose à tenir coûte que coûte (je ne sais pas trop comment le/la dénommer) alors que peut être le fait de lâcher prise, lâcher les larmes, la colère, la déprime, y entrer pour explorer, prendre le temps d’y rester, de comprendre, de prendre conscience de ce qui se passe en nous, re-structurer peut-être, puis revenir avec l’expérience, les leçons, la résilience, … Serait peut être quelque chose de certes long et coûteux, mais peut-être plus fluide avec la vie, avec nous-mêmes. Résister avec la joie me semblerait alors comme une fuite de ce que nous ne pouvons pas voir en nous, une sorte de peur de la déprime ?
    Déprimer signifie t-il vraiment perdre une fois de plus ? Y a-t-il quelque chose à gagner ou a perdre à déprimer ? Si ce n’est seulement de s’autoriser ou non à vivre pleinement ce qu’on ressent ? Déprimer face à un évènement nous fait il vraiment perdre ? Perdre face à quoi ? N’est ce pas juste un processus sain ressemblant à un cadeau mal emballé ?
    Et n’est ce pas la résilience qui en découlerait, en plus des « leçons/expériences » acquises qui serait une victoire supplémentaire ?
    Je me suis permise de poser ma réflexion ici, ce sujet me fait tournicoter la tête 😊 merci pour cet article !

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