voyage en Sororité

Ensemble

image tirée de « les Passantes » de Georges Brassens par Charlotte Abramow

Peut être parce que j’ai grandi sans sœurs, et avec 5 frères, la « sororité », ce mot m’a longtemps gêné. je n’aime pas les séparations entre les êtres (femmes/hommes). vous le savez. je comprends le besoin et même la nécessité à certains moments de se réunir, « entre nous », pour partager, pour se retrouver, pour ne pas craindre. mais dans le contexte #metoo… quelque chose me gênait avec cette idée de réunir les femmes « entre elles », comme mouvement préalable à une révolution que nous, des femmes et des hommes, appelons de nos voeux.

et puis l’autre jour, j’ai vu le premier des 4 documentaires de Lanzmann. il les a appelés… « les Quatre Soeurs ». 4 films sur 4 survivantes de l’Holocaust…

regarder les Quatre Sœurs (sur Arte jusqu’au 23 mars) n’est certainement pas une partie de plaisir. mais que c’est beau et utile. je venais de publier ce post sur la virilité et la difficulté des hommes à pleurer. le soir même, je me retrouve donc à l’Unesco avec Lanzmann qui à 92 ans, a monté les marches le menant à l’estrade du grand amphi pour y faire un discours rempli d’une fatigue palpable, comme de sa profonde émotion :

« mon coeur a tellement pleuré. j’ai tellement pleuré pendant les 12 années à réaliser Shoah, qu’il m’a fallu 40 ans pour réaliser les Quatre Sœurs. je savais que je devais le faire mais j’étais terrifié. la vie est une chose. le cinéma, une autre. pour autant ces larmes ne m’ont jamais aveuglé. elles m’ont permis de partager. elles n’etaient pas dans le jugement. elles nous unissaient. »

oui, dans la souffrance, on y trouve des soeurs. des soeurs d’amour, qu’on soit, soi-même soeur, ou bien même, frère. et tout d’un coup, j’ai trouvé ça très beau. le doc a commencé, Ruth Elias a commencé a joué de son accordéon, puis à parler… et nous sommes partis avec elle, dans les tréfonds de l’Histoire.

mes enfants sont encore petits, et les anglais n’ont pas le même rapport à la mémoire que les français. mais Jerry qui était avec moi me disait qu’il allait les regarder avec ses filles (qui ont 13 et 15 ans).  et c’est vrai qu’on doit se souvenir. et savoir ce qui a existé.

 

photo de Laurence Revol pour les Glorieuses, en collaboration avec We are Lemonade

ensuite j’ai vu le shooting auquel participait lisa et Julie « liberté, égalité, sororité » j’ai trouvé ca beau, car c’était une célébration du corps des femmes. je viens de lire d’ailleurs un livre très mal traduit (peut être même mal écrit), que nous avons entamé avec Mathilde et Géraldine, sur notre vie en rapport aux cycles menstruels. ça s’appelle la femme optimale. très mal écrit mais très, très instructif! on en reparle.

image tirée de « les Passantes » de Georges Brassens par Charlotte Abramow

j’ai ensuite rencontré l’incroyable Odile Chabrillac (on parle de son Âme de sorcière vendredi), et m’apprête à lire le livre de Camille Sfez, la puissance du féminin.

ça fait beaucoup non?

donc voilà, toujours sans injonction, toujours en ce disant que les mots sont des mots, qu’ils sont le doigt qui montrent la lune, sans jamais être la lune elle-même, toujours dans l’exploration, j’en viens à ce qui me plait dans la sororité : cette idée de célébration du féminin! et ça commence par le corps! encore une fois pas dans une essentialisation, mais au moins une reconnaissance (n’oublions pas que toute notre société actuelle « repose » sur l’idee que la puissance vient d’un phallus levé et vaillant, donc qu’on me dise pas que le corps n’a pas de puissance) . cela en même temps, immanquablement appelle à une célébration du masculin, hors de la phallocratie, une masculinité puissante parce que saine, heureuse et épanouie (je vous ai déjà parlé de THE WORK?!)! vœux d’une sœur!!!

allez je vous envoie du love avec le clip « les passantes » de Charlotte Abramow. j’avoue que la chanson ne me parle pas, mais ces images hautes en couleurs expriment bien ce que je ressens. vive les femmes, leur corps et leur féminin!

vive les soeurs!

Il y a 6 mois / Bouche 19 commentaire(s)

19 commentaire(s)

  • Tu vois ce post me parle beaucoup plus que le précédent 😉
    Sororité…ce mot je ne le connais que depuis tres peu (quand je te dis que je suis novice😁) et je l ai de suite aimé. En fait je fonftionne beaucoup avec les émotions et donc oui il m a emu. Je n ai pas vu cette separation homme femme mais de suite
    « ensemble » et c est peut etre ca la différence.
    Il faut que je regarde les 4 soeurs j avais vu une partie et prise par autre chose…
    Quant aux livres celui de camille sfez est dans ma liste depuis…j aime beaucoup cette femme elle est d une douceur…je vais aussi prendre l ame de sorciere je pense que j arriverai a comprendre certaines choses.
    As tu vu sur planete+ le documentaire les femmes du Ruwanda réalisé par Sonia Rolland. Il est tres beau et la oui j entends le mot sonorité avec beaute force et emotions…et on parle justement de la place de l homme et la femme…ensemble😉
    Il est important de ne pas oublier mais surtout de reconstruire avec tout l amour que l on a.
    Merci Mai…merci mille fois de nous ouvrir des portes. J’adore les entrouvrir et me laisser happer à l interieur de la decouverte❤❤❤

  • Ah si je ne mets pas un mot sur ce clip…ca ne va pas aller. Tu avais vu qu il avait été censuré pour les – de 18 ans et justement le fait de s’être mobilisé ensemble…il a.ete remis. ❤ j aime beaucoup ce clip…et cette chanson aussi😁

  • Des trésors à lire et à regarder, merci beaucoup Mai ! Je me faisais justement la réflexion qu’Arte est décidément une mine, je viens de regarder le doc sur Betty Davis – encore une femme d’exception. Un role-model pour beaucoup, qui gagne à être (re)découverte comme en témoigne cette jeune chanteuse d’afro-punk. Et cette voix !!!!
    Je suis aussi gênée par les réunions genrées, en théorie. Dans un avenir plus ou moins lointain, ce ne sera peut-être plus nécessaire, à notre époque, dans certains cas ça peut être adapté, et libérer plus facilement la parole. Mon point de vue sur la question avait commencé à changer lors de ma grossesse. Ma sf faisait les préparations à la naissance entre femmes, en-dehors de la séance consacrée à l’allaitement et à l’après en général qui accueillait aussi les papas, tandis qu’une autre sf du cabinet les faisait toutes avec des groupes de couples. Dans un premier temps j’ai regretté de ne pas partager ces moments avec le futur père, mais j’ai pu constater qu’effectivement, les femmes se sentaient plus à l’aise pour poser des questions lorsqu’elles étaient entre elles. Entre paires. Entre sœurs. Même s’il s’agit bien sûr d’un contexte très particulier, la réflexion vaut pour d’autres situations je pense.

  • Merci Mai pour ce post. En fait tous tes derniers posts sur le féminin et le masculin (merci Jerry) ont un timing de feu je trouve. D’une part avec la prise de conscience en occident du déséquilibre existant et d’autre part dans le microcosme de ma vie où pour me protéger et pour fonctionner dans une famille et une société dysfonctionnelle j’ai adopté un comportement “masculin” désaxé et opprimant. En grandissant j’avais l’impression que j’etais une femme forte en me comportant “comme un gars”. Mais j’étais plutôt une petite fille qui s’etait mis un costume dans l’espoir d’affirmer son existence. C’était parfois bien plus facile d’etre avec les mecs qu’avec les filles qui se « bitchaient » (étaient méchantes les unes avec les autres).

    Depuis peu je découvre le féminin, ce que c’est être une femme et ça passe beaucoup par la sororité. Par mes amies, par notre entraide, notre écoute, notre douceur l’une pour l’autre.

    Tes nouvelles suggestions de lecture tombent à point. Deux fois j’ai essayé de lire « femme qui court avec les loups » mais je ne l’ai jamais fini. (La traduction peut-être?).

    Ma tante qui est psy a plusieurs fois animé des ateliers sur les archétypes de déesses en faisant le lien avec le féminin puissant. J’étais ado quand elle faisait ce type d’ateliers. 20 ans plus tard j’en comprends l’importance.
    J’ai beaucoup de gratitude pour ces étincelles que tu amènes ici.
    Bonne fin de semaine! 😊

  • C’est marrant, ce post me donne envie de te reposer une question que je t’avais posée il y a quelques mois (tu y avais répondu ! Mais je me demande si ta réponse a changé depuis). À ton avis, est-ce qu’il n’y aurait pas un déséquilibre à identifier en toi / nous / notre culture, entre le masculin « universel » et le féminin « exclusif » ? Et là on entend en particulier l’Académie Française (et donc notre langue française) et son injonction que « en français, il y a un neutre, c’est le masculin »… La question que je t’avais posée à l’époque, c’était pourquoi dans « The future is female, » tu entendais « only female » là où moins j’entendais « female too » ; j’ai envie de reformuler la question en te demandant si le mot « fraternité » t’a toujours autant gêné que le mot « sororité », sachant que visiblement tu viens de viens d’évoluer sur ce dernier?

    • hello impaire, alors voyons… comme beaucoup de gens qui vivent dans une société d’hommes, ayant grandi avec des frères uniquement, le mot fraternité ne m’a jamais posé pb. je me suis toujours sentie leur soeur (a mes frères) sans avoir envie de devenir un frère, mais oui je me suis tjs sentir grandir et vivre en fraternité et non en sororité. suis pas sure de répondre à ta question mais cela m’éclaire personnellement sur la gêne ressenti sur le mot « sororité ».
      cela étant, ça n’est pas forcément moi qui le voyais comme exclusif, bcp de femmes/sœurs m’ayant auparavant approchée valorisait cet entre-soi, ce à quoi je ne me sentais très reliée (tout comme le « future is female »). tu me dis si je t’ai répondu? x

  • Je pense que tu as répondu à ma question… Moi qui ai eu la chance de grandir avec des soeurs, ça m’a très vite gênée, le mot « fraternité », parce qu’il n’était pas « transparent », et que je sentais confusément que nous en étions exclues, ou du moins citoyennes de seconde zone, puisque nous n’étions pas des fraters mais des sorors… Donc on a eu beau me dire que les femmes étaient admises à la fraternité, je sentais bien qu’il y avait un truc qui clochait. Et puis bien sûr il y a de l’histoire familiale sur le féminin / masculin, histoire que je t’épargne 😉
    Ceci-dit, je ne pense pas que ce soit « toi » ou « moi » ou n’importe qui d’autre qui voie « sororité » comme excluant le masculin alors que « fraternité » serait pour tout le monde. Pour moi (littéraire de profession, donc peut-être une déformation professionnelle !), la partie de notre cerveau que nous déléguons à notre environnement social note forcément les conséquences des mots. Et apprend donc que homme = masculin ET humain, alors que femme = féminin uniquement. Évidemment, le langage est un outil pour internaliser la misogynie de notre société, et la police du langage mise en place depuis quelques siècles le prouve amplement !
    Ceci-dit, je lisais tes posts dans le désordre, et la vidéo de Jerry sur le féminin (que j’ai visionnée après avoir lu et commenté cet article) m’a mis un coup au plexus que je ne comprends pas bien. Ce qu’il y dit ne me paraît globalement pas nouveau, et pourtant cette impression de dé-rangement persiste. Il doit donc avoir un détail, quelque chose que je n’ai pas encore identifié qui « appuie là où ça fait mal »…. C’est un beau cadeau de pouvoir lire un blog qui permet ce genre de trouvaille ! Merci Mai ! Bonnes explorations !

    • oui Impaire, vient nous redire qd ce qui a été de-rangé ne te fera plus de mystère. belle exploration!
      cela dit en y repensant hier après avoir posté ma réponse, je me suis dit que sans doute il y avait d’une part ce truc de mysoginie internalisee chez moi, ainsi qu’un besoin profond de ne pas exclure « mes » frères de tout ce mouvement incroyable. je crois aussi que ce qu’il y a de beau dans le mot sororité c’est idée d’amour non sexué. les femmes n’ont pas les mêmes pb que les hommes à se faire entendre sous ce jour la! donc oui vive la sororité!

  • Chere Mai 😉
    Je suis en train de lire « âme de sorciere »…mais quel livre❤❤ dès le debut je suis completement happée. Il est boulversant ce livre. Je ne connaissais pas du tout…ou plutôt si…tout le.monde connait mais personne ne voit. Cette place que.nous avons est incroyable…et je n en suis qu au début. Je comprends beaucoup mieux ce mot de sororite et cette energie que nous pouvons toutes avoir. Je vais continuer…Mais dès lors que nous travaillons sur soi que l on veut connaitre comprendre…nous avons cette âme de sorcière cette magie est en nous. On est effectivement relié…
    Je suis si heureuse de lire ce livre.
    ❤❤

    • oui la sorciere est celle qui se rend actrice et responsable de sa propre transformation, en contact avec les autres! le reste n’est que poésie (enfin…)

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