Me Too

baisers des Puritaines qui importunent!

(Elsa Wolinski, sur mon écran, en fleur)

Elsa m’a bouleversée avec cette photo d’elle nue pour évoquer Charlie, 3 ans après l’assassinat de son père.

et en voyant cette tribune du Monde hier, j’y ai trouvé un lien naturel et indicible. son corps de femme nue. ce corps politique comme elle le dit avec son collectif féministe #noussommes52.

et bon, cette tribune… on en parle?

je suis prise de vertige face à la banalisation de la violence faite aux femmes. à la bêtise des idées amalgamées et la fausseté des « faits » rapportés. dans le Monde. au fond, je ne suis pas contre le débat, j’en ai soif même, et oui il y a des débordements, des choses extrêmes à éviter, mais enfin… #metoo est un féminisme de bons puritains et d’extrémistes religieux? de misandres dangereuses? il impose un état de terreur? il empêche la liberté sexuelle? et puis, faut pas trop en vouloir aux frotteurs… c’est ça votre combat les Catherines?

MAIS LE MONDE N’EST PAS BINAIRE! avec les bonnes féministes (ok âgées, blanches et nanties) garantes de « la » séduction masculine d’un côté et les voilées, puritaines d’un autre.

lisez svp ce merveilleux papier de Leila Slimani!

quand je regarde Elsa, elle m’émerveille et force le respect. c’est cette énergie d’amour, libre et libératrice, qui est au coeur de #metoo, pas le puritanisme.

il me semble que la priorité n’est pas de voir les limites et les excés de #metoo, mais de développer son coeur (les limites et excès partiront d’eux mêmes). l’enjeu n’est pas le puritanisme, il est tout autre dans la société que nous voulons réinventer. je me permets de réinvoquer James Baldwin, investi lui sur le champs « racial », qui explique merveilleusement bien comme il n’est pas dans le combat des hommes noirs contre les blancs. son combat est la compassion entre les êtres. si tu remplaces homme noir, par femme, par homo (par même animaux), c’est la même chose :

nous n’avons pas pour but d’opposer les femmes aux hommes, le projet est la compassion entre les êtres. réinventer nos relations entre vivants, notre relation au vivant, qu’on soit homme, femme, 2 spirits, blanc, noir, jaune ou vert. 

et cela passe par une connexion profonde, véritable, respectueuse entre les êtres. ça ne peut pas passer par une codification telle que les puritains.es le proposent. et ça n’est pas notre combat. nan mais wtf?!

je constate en revanche que le féminisme « s’éclate » dans mille branches différentes. c’est le propre d’un mouvement trop grand pour contenir toutes les sensibilités. c’est… bien non? mais il est vrai, et ça n’est pas nouveau que le ou les féminismes ne regroupe(nt) pas « les » femmes. c’est une erreur fondamentale selon moi de partir du principe que les femmes sont réunies par une sonorité « naturelle ». et ne peuvent qu’être contentes de voir le féminisme se développer. 53% des femmes blanches ont voté Trump hein, on n’oublie pas. et si au lieu de se dire sans cesse « je vois pas comment une femme peut voter Trump! » si au contraire on se posait la question de « dans quelle mesure, il les fait rêver » peut être pourrions nous mieux faire avancer les choses. bref, le projet encore une fois est pour moi un projet d’idées, réunissant des femmes et hommes, mais insupportant aussi d’autres femmes et d’autres hommes. le féminisme est un projet idéologique et non de sexe. et ne pas l’admettre nous fragilise. arrêtons de perdre du temps sur « et en plus c’est une femme qui dit ça » ou « ah bah vous voyez, vous n’êtes même pas d’accord entre vous. »


par ailleurs, je pense qu’on confond le plan intime et le plan sociétal. si 2, ou 3 ou 10 êtres aiment se chercher, se fesser, se soumettre, se dominer, se violenter dans leur intimité mais qu’ils/elles le fassent et même le disent et même le partagent, je suis pas puritaine pour un sou (ayé, j’ai envie de re-re-re-voir la Leçon de Piano). mais qu’on n’impose pas leurs pratiques comme base commune de nos relations au niveau sociétal! la loi et la société doivent protéger des personnes lorsqu’il y a désaccord entre elles, pas quand elles sont d’accord! ce qu’on veut, ne touche en rien les fantasmes perso et la créativité de chacun.e. 


allez prendre des cours de tantra et vous verrez que la compassion non seulement n’enlève rien aux joies du pieu, mais au contraire les fait exploser. au pieu, comme dans la rue, comme partout ailleurs. allez, allez faire vos tribunes, importunez vous entre vous!

nous on continue. allez cheers!

EDIT 1 : Laura Adler répond point par point à la tribune et c’est très bien. allez lire.

EDIT 2 : parfois on dit des choses franchement “bêtes” ou déplacées. parfois on blesse les autres. pas par intention de blesser mais par manque de conscience. nous avons tous fait cette expérience de blesser autrui par manque de conscience. puis d’en chialer (d’ou l’intérêt de bosser sur soi pour passer ces paliers de conscience). les excuses de Catherine Deneuve (qui s’est battue pour la libération des femmes, à commencer par la sienne) et de Brigitte Lahaie (qui se bat à sa manière pour aider les femmes dans leur reconstruction après violence) me font dire que nous sommes dans le même camps. il y a juste mille manières de libérer les femmes, de les aider dans leurs blessures. il y a mille manières d’inviter les hommes dans ce projet (et de les libérer aussi tiens), sans colère, ni censure ni puristanisme. allez, compassion et combat. comme dit Leila Slimani (VIDEO A VOIR ABSOLUMENT), on est là pour s’aimer follement.

Il y a 7 ans / Bouche 63 commentaire(s)

63 commentaire(s)

  • Merci Mai. Petite retouche pour moi :  » si 2, ou 3 ou 10 êtres aiment se chercher, se fesser, se soumettre, se dominer, se violenter dans leur intimité mais qu’ils/elles le fassent et même le disent et même le partagent, je suis pas puritaine pour un sou (ayé, j’ai envie de re-re-re-voir la Leçon de Piano). mais qu’on n’impose pas leurs pratiques comme base commune de nos relations au niveau sociétal! »
    Sans chercher le détail qui fâche, je pense que tu as écrit un peu vite cette phrase, vis-à-vis de ce type de sexualité masochiste à laquelle ces femmes font référence et à raison vu leur rôle énorme dans l’émancipation des femmes. Tu prends Catherine Deneuve dans Belle de Jour, tu prends Catherine Robbe-Grillet domina qui l’assume publiquement, tu prends Catherine Millet et ses écrits, tu prends Brigitte Lahaie et son culot d’assumer pleinement être actrice porno dans les années 70, tu prends le manifeste des 343 salopes, c’est badass, intéressant, vivant. Ce que je veux pointer dans ta phrase c’est « mais qu’on n’impose pas leurs pratiques comme base commune de nos relations au niveau sociétal! » c’est tout à fait juste et en même temps ça me fait tiquer, parce que précisément ces pratiques un peu violentes nécessitent le consentement le plus raffiné qui soit, une discussion au préalable, parce que les risques de blessure physique ou psychologique sont plus grands. Et du coup, tu prends 50 Shades of Grey, c’est le contraire de tout ça et ce que #metoo combat, mais même les milieux bdsm également. C’est le contraire précisément d’un contrat masochiste, qui suspend des manières de se comporter mais qui a toujours pour fondement le consentement.
    Du coup, j’avoue que pour moi c’est une question très complexe, la place de notre sexualité dans l’espace public, et leur tribune avait le mérite de pointer cela : le désir sexuel est imprévisible, associal et parfois la porosité entre violence et sexualité est fine. (même si on peut le sublimer dans la douceur) Néanmoins comme tu dis, et je tique parce que je n’ai pas tranché moi-même et que je pense que c’est extrêmement complexe (je vais p-e travailler dessus en thèse lol), je suis d’accord avec toi sur toute la ligne, et je suis contre cette tribune, contre la mauvaise foi de ce texte et le retour en arrière qu’il préconise. Parce qu’en effet il ne faut pas confondre les kinks et la société. Personnellement je n’aimerais pas voir leur société arriver et je préfère une société de dialogue et de consentement. On avait un cours sur l’histoire de la représentation de la sexualité au cinéma, c’était super intéressant parce qu’en fait les concepts clefs ont changé et ces femmes sont arrivées avant que la notion de consentement soit centrale, avant c’était plutôt la liberté qui était mis au centre des revendications sexuelles et féministes. Mais bon, c’est un débat sans fin, et je pense que c’est important de défendre précisément nos libertés d’être sujet dans la rue.

    • amandine merci mais… je ne comprends pas… HAHAHAHAH sorry! dans ma phrase je parle oui de liberté de faire ce qu’on veut (y compris le SM) du moment qu’on a dit oui. d’ailleurs certains couples mettent en place des stratégies, des mots clés pour se dire « stop » quand une expérience devient « too much » pour l’un des partenaires. donc pas de pb pour toutes ces pratiques et la liberté de les explorer… quand c’est oui pour tout le monde. quant à les montrer dans des fictions/docu, frôler des choses sombres, le danger, l’ambiguïté, mais oui allons y, le désir, l’acte sexuel n’est pas « rangé » ni consensuel, mais que l’on fasse le distinguo entre l’intime et le sociétal, la fiction et le réel, le singulier et le modèle à suivre (ou même le modèle permis). la question est complexe et on a d’autant plus intérêt à aller ensemble dans un dialogue au lieu de prendre les gens pour des cons.nes. je sais toujours pas si j’ai compris. sinon, tu nous enverras ta thèse?!

      • le consentement c’est bien la clé, oui à la liberté de toutes les pratiques sexuelles tant que toutes les parties y participent librement !
        Mon mari est au moins autant à fond sur le sujet que moi, il en rêve (ou cauchemarde plutôt), est hyper choqué des réactions de celles et ceux qui y voient du puritanisme là où on ne parle que de respect et d’arrêter de prendre les femmes pour des marchandises consommables en accès libre. Oui à la compassion, et encore merci à toi Mai pour tes belles paroles qui résonnent et aident à débrouiller ce que je sens confusément.
        Léiodelo

    • Merci Amandine B pour ton commentaire. Complexe et profonde en effet cette question de la place de la sexualité dans l’espace public et passionnant d’étudier comment elle est conscientisée et politisée. Et tu donnes une perspective intéressante: entre la priorité de la notion de liberté (hier : quand les catherinettes avaient notre âge !! AH, c’est bien de l’entendre ainsi – cela permet de ne pas monter dans les aigus et de comprendre, au sens latin, cette tribune sans y adhérer pour autant) et celle du consentement (aujourd’hui) : que s’est il passé ? Que c’est-il passé dans nos sociétés, nos politiques pour que l’arrogance et la loi du plus fort aient remporté la mise ? Maï, tu insistes sur le fait que tu attends des commentaires qui « doivent » construire mais il me semble que nous ne pourrons nous passer d’une réflexion plus subtile, d’une confrontation sincère, avant de proposer des directions et des actions.

      • camille! oui! plus de réflexion oui! mais je ne comprends pas ce que vous dites avec amandine. pouvez vous svp déployer votre pensée.
        je pense comprendre la position des catherine’s, de la ou elles viennent etc, en revanche je ne suis pas ok avec leur démarche auj ni avec les amalgames faits dans leur texte etc.

        concernant cette réflexion sur la question de la place de sexualité dans l’espace public, je trouve ça extrêmement important (pour rappel dans mon village hippie, à spirit horse, il y a une bite en bois géante à l’entrée du lodge des hommes). je pense cela dit qu’il faudrait déjà réfléchir à la sexualité en général dans notre société. la place intime/publique est une facette du débat. encore une fois prenons des cours de tantra, ne serait de que par curiosité et bcp de choses changeront! ❤️ love!

    • Amandine, ça y est j’ai compris! en lisant la réponse de Deneuve hier, ça m’a fait tilt. ce glissement de la libération à celui du consentement. pour ceux et celles qui comme moi n’avaient pas compris : deneuve (et millet, et lahaie) ont vécu une époque où l’avortement était illégal, leur combat, féministe, était donc de libérer les femmes. et force est de voir que nous sommes suffisamment libre auj pour parler en notre nom! nous leur devons donc beaucoup aussi. par ailleurs, je pense que nous avons importé un pb, le puritanisme, qui est très américain. ici c’est pas trop le propos si? d’où l’incompréhension aussi je pense (de quoi nous parlait on? j’avais franchement du mal à comprendre)

  • Merci Mai ! En voyant ca hier j’etais atterrée et attristée. Ce genre de tribune ne sert qu’à scinder les individus (et les genres d’ailleurs) alors qu’il n’y a pas lieu d’etre. Ce qui m’a choqué dans cette tribune c’est le fait de devoir limite plaindre ces hommes, en l’occurence les frotteurs. Mais où va t on. La chronique de Meurice fait beaucoup de bien

  • Merci Mai ! Ça fait du bien de te lire ! La liberté d’opportuner m’a donné envie de VOMIR. Quand en plus c’est des femmes qui assènent le coup de l’anti-féminisme, ça fait encore plus mal. Merci pour le baume au cœur ! #sororité

  • Merci Mai, parce que franchement cette tribune dans Le Monde me rend furieuse!
    (celle de Catherine, pas de Leila, bien sûr!)
    En attendant de rassembler mes esprits, je vais me concentrer sur cette photo d’Elsa. Quelle force!

    • laisse la médiocrité aux médiocres jessica! il y a bcp de choses à débattre, de limites à ne pas dépasser, de choses à expliciter. et découvrir aussi. #metoo est une déflagration et nous devons consolider ce mouvement; va forcément y avoir du grabuge. mais comme dit Sophie Fontanelle (qui le tient de Simone de Beauvoir) la bonne nouvelle c’est qu’on va tous devoir ré-inventer nos relations. allez au boulot! yay!

  • Je me sens complètement dépassée par la violence des débats actuels. Je vois un gouffre se creuser entre les femmes et les hommes en particulier et ça me désole….Il est évident pour moi qu’une relation sexuelle, quelque soit sa forme, ne peut être que consentie de part et d’autre, et que le harcèlement par quelqu’un qui possède un pouvoir physique ou moral sur quelqu’un qui n’en a pas est une chose insupportable….
    Mais on ne peut pas mettre dans la même poubelle le jeu de la séduction qui se déploit lors d’une rencontre entre deux personnes qui ne se connaissent pas mais sont sensibles à leur charme mutuel non?…..
    Je suis presque contente d’avoir 70 ans mais inquiète devant le monde dans lequel vivent mes enfants et petits-enfants….
    Bisous doux

    • mais qui veut mettre à la poubelle le jeu de séduction? les puritaines? pas nous! et on adore les hommes, et la séduction, et le cul! on a suffisamment de taffe pour ne pas partir dans des débats où en fait tout le monde est d’accord, non? donne nous des exemples de femmes qui disent ne plus vouloir de jeu de séduction. où sont elles qu’on puissent parler! bises bénédicte!

    • Si le monde actuel est un monde qui travaille ou continue à travailler à des relations hommes-femmes plus respectueuses, ce monde ne me paraît pas particulièrement inquiétant Bénédicte, au contraire 🙂
      Quant au « gouffre que vous voyez se creuser entre les hommes et les femmes », c’est peut-être affaire de perception. J’avoue avoir du mal avec cette généralité (parmi d’autres). Il y a sans doute « un gouffre » entre certains hommes et certaines femmes, comme il y en a un entre certaines femmes entre elles et certains hommes entre eux (?) Même si (c’est une évidence) nous sommes tous des êtres humains, donc sans doute pas si lointains en l’espèce 🙂
      Je te rejoins Mai sur la richesse et la fécondité du débat, quoi qu’il en soit.
      Plutôt que « féministe », c’est pour moi une réflexion et une action qui doivent être placées sur un terrain humaniste.

      • oui d’ailleurs bcp disent (moi en premier) que le nouveau féminisme est un humanisme. et on y reviendra aussi sur les injonctions faites aux hommes, si douloureuses pour eux et pour les femmes ensuite. qu’il y ait de la colère, sans nul doute, mais n’est ce pas normal? ça va passer, et on a un monde à construire. au taffe! bisous doux

        • Une France (et bien plus largement, la population mondiale) où les 52 et les 48 ne se sentiront plus enfermés, conditionnés dans des catégories genrées, et par la même, n’éprouveront plus la nécessité de se compter ! La proportion de femmes par rapport aux hommes est une chose. Ce sont les consciences qui font changer le monde. Ces 52 mis en avant ne risquent-ils pas de diviser et d’exclure, quand bien même, il y a bien sûr, dans les faits, 2 poids, 2 mesures et donc exclusion et division ? Les faits sont têtus ! Je n’ai pas la réponse. Je ne me sens pas, comme je ne me suis jamais senti, faire partie des 48, pas plus que des 52, mais plutôt d’un tout. Un tout dans lequel nous entrons dans des terriers plus ou moins confortables, avec des bénéfices et des rôles, certes, plus avantageux pour la majorité des hommes. Enfumer les terriers, inventer et emprunter les chemins ensemble, avec la conscience de nos conditionnements et des difficultés de s’en libérer, me semble la voie la plus constructive.

          • oui tu as raison. je pense cela dit que le collectif, qd il dit « nous sommes 52% » vise surtout à donner du courage aux femmes qui se sentent si « petites » insignifiantes, inaudible etc. c’est plus dire « woho si on s’y met toutes, on est juste majoritaire de facto. levons nous, c’est pas perdu! » je le vois plus comme ça que comme une opposition homme-femme. cela étant cette impression de rejet est tellement fort chez les hommes, notamment autour de moi (tout en étant pro #metoo) que ça va valoir le coup de dialoguer sur ce terrain. vite! merci edouard!

  • Merci Mai! et oh oui dialoguons, avançons, construisons le monde demain pour nos filles mais pour nos garçons également. Un monde où chacun se sentira libre de vivre, de se construire, de rencontrer, de parler et de séduire l’autre, quelque soit son sexe, à partir du moment où il y a un accord des deux personnes pour que cette rencontre ait lieu. je pense qu’on ne devrait pas perdre un temps infini sur des débats stériles, auxquels nous assistons malheureusement ces derniers jours.. continuons d’avancer, c’est beau cette étincelle, continuons… le chemin est encore long !

    • yes! tant de choses à construire, inventer. et déconstruire! ne perdons pas de temps, ou alors le moins possible pour ne pas perdre des gens aussi sur des malentendus. (il y a une différence entre malentendu et mauvaise foi) <3

  • Merci de faire réfléchir sur une chose qui me semble évidente mais pas simple pour tout le monde.
    Le féministe c’est pour qui ? Fait par qui ?
    Je crois que c’est un combat en faveur des femmes mais pas POUR les femmes (dans le sens « réservé »).
    Il y a plusieurs années, tout juste débarqué sur la capitale du haut de mes 24 ans, je me rends à un meeting féministe sous un chapiteau. Une organisatrice me bloque l’entrée
    – « Non ça va pas être possible, on manque de places assises (rançon du succès) donc les hommes c’est non merci.
    – j’peux tenir debout vous savez.
    – oui mais non, il y a pas de place j’te dit »
    Bref vexé comme un gamin de 5 ans a qui on a interdit de manger 3 tablettes de chocolat, je me suis convaincu à partir de ce moment là, que le combat féministe n’était pas le mien mais celui des femmes pour les femmes, pour leur problématiques, leur confort perso etc.

    depuis, et notamment grace à toi Mai, je me rends compte que c’est faux au possible.
    Le monde n’est pas binaire = Oui. Il est pas tout noir ou tout blanc.
    Donc : pourquoi s’empêcher de chercher de l’aide ou du réconfort là où il y en a ?

    Combien de femmes/hommes pensent encore que un mec féministe ce n’est rien d’autre qu’un loup masquer en mouton dans une bergerie ?
    Il ne serai là que pour pouvoir faire échouer le plan (en mode espion russe dans un James Bond) se faire bien voir par les femmes combattantes dans l’unique but de les sauter par la suite, ou alors un faiblard soumis aux excentricités de son épouse/copine dominatrice.

    L’important c’est le combat pas l’origine des combattants.

    Il ne faut museler personne, oui vive le débat, c’est en discutant, en s’opposant, qu’on réfléchit et que notre pensée peut évoluer. Il n’y a pas de raison qu’elle évolue plus en mal qu’en bien.

    La drague peut-être « maladroite » (je dit bien maladroite pas lourde) mais assez vite on en comprends les repercussions et si malaise elle engendre, la réactivité devrait être évidente : c’est le moment de changer d’approche ou tout simplement d’arrêter.

    Mot de 2018 : COMPASSION (il amènera la liberté)

    • Thomas! il y a des féministes et des féminismes; et certains ne veulent pas d’hommes dans leurs rangs, c’est vrai. mais auj, le grand courant est un courant « inclusif » car c’est un courant anti-patriarcat et anti-injonctions, donc ça va aussi bien pour les femmes, les hommes, mais aussi leurs relations multiples. tout est à créer! tu as raison faut peut être certainement clarifier encore. on y va mnt! yay!

    • Thomas, je suis vraiment désolée que tu aies été rejeté d’une telle façon alors que tu étais de bonne volonté!
      Je fais partie d’un collectif féministe (dans une ville de province), et il y a peu d’hommes qui viennent mais nous sommes ravies quand il y en a.
      Ce que j’ai remarqué surtout est la façon dont les médias caricaturent à chaque fois notre propos, combien ils vont toujours choisir la petite phrase qui peut être interprétée de façon ambiguë sur l’ensemble de ce qu’on aura dit, alors qu’on est un collectif tout neuf et pas franchement influent.
      Pour moi, c’est sûr qu’il peut parfois être intéressant d’être uniquement entre femmes, ou entre hommes, ou entre personnes racisées pour débattre de certains sujets. Mais bien sûr cela doit etre précisé à l’avance, et si possible dans un contexte où de nombreuses autres rencontres sont inclusives.
      Et aussi, je pense qu’on a tous à gagner d’une société plus égalitaire. Où les filles seront encouragées à aller vers leur désirs (y compris de tentatives de drague…), où il n’y aura plus une virilité monolithique et mais DES virilités, créatives, et diverses, comme le sont les humains…
      Merci à nouveau Mai pour cet espace de réflexions et d’échanges!

      • merci! on reviendra sur ce terme même de virilité! car de virilité il n’y en a qu’une. ce sont les masculinités qui sont multiples. hehehe! et c’est le fait de réduire le masculin au viril qui est un drame. on y revient! mais oui c’est vrai il y a des groupes féministes réservées aux femmes. mais il faut persister car il y en a plein ouverts désormais aux hommes! allez go!

      • Maia, merci pour ton commentaire. J’aimerais qu’on parle un peu plus de ces espaces exclusifs (femmes/hommes/gens de couleurs/LGBT, etc.); je les comprends instinctivement, je les conçois comme toi comme un espace important tant qu’il n’est pas perpétuellement exclusif. Mais j’ai du mal à me faire comprendre quand je le suggère à d’autres. bref, j’aimerais que tu en parles un peu plus si ça te convient…

        • Merci Mai pour cette précision et Biba pour ton com!
          Je ne sais malheureusement pas dire grand chose de plus sur les espaces exclusifs. Je n’ai jamais participé à de telles rencontres. Comme pour toi, c’est plus d’instinct que ça me parle. Je pense que cela vient du fait que ma bande de copines est un soutien très important dans ma vie, qui me donne une force qui n’est pas forcément la même dans un groupe mixte (c’est strictement mon ressenti). J’ai aussi vécu quelques années en Belgique, ce qu’on peut qualifier d’émigration très « douce », car choisie, et avec peu de différences de cultures entre nos 2 pays. Et pourtant cela nous faisait parfois du bien de nous retrouver entre français pour partager nos ressentis, expériences, observations sur ce que notre changement de vie avait opéré! Alors je comprends très bien le besoin de « communauté » quel qu’il soit! Mais comme toi j’ai beaucoup de mal à l’expliquer, y compris à des personnes qui me paraissent très ouvertes et progressistes. Ce sont des peurs à déconstruire je suppose…

          • je fréquente une communauté où il y a, en plus de tous les espaces communs qui sont la norme, certains espaces exclusifs : un lodge pour hommes, un pour femmes. mon chéri pratique des thérapies en groupes exclusivement d’hommes (on en parle bientôt) donc je connais par coeur et j’approuve. cela dit sans vouloir imposer à toutes les féministes de faire d’une manière qui ne leur correspondrait pas, je pense que le combat politique ne peut pas se faire dans une exclusion de l’autre parce qu’il est né homme. je pense en revnahce qu’il est bon pour chacun de voir selon les facettes qu’il.elle a explorer de trouver des lieux dédiés pour ça. ça peut être la culture (nous on se voit « entre » viet), le sexe, etc… parce que juste ce sont des facettes de notre personnalités que l’on ne peut pas explorer sans cette exclusivité. il y a d’autres choses aussi, mais ça arrive bientôt sur le blog…. a tout!

  • Ce post ainsi que ceux postés précédemment, sont d’une force… sans mots. Je laisse très rarement des commentaires, je lis, je bois les informations. Malgré tout là c’est si important à mes yeux, la façon dont avance les choses, cette confrontation dont certains ne voient que par ça, alors que bien sur c’est l’échange qui est important, la bienveillance et l’écoute. Bien sur que nous ne sommes pas entrées (nous les femmes) en conflit contre les hommes, mais nous avons mis en place un dialogue. Lorsque j’en parle autour de moi, c’est drôle, les hommes sont tous (ceux de mon entourage) un peu retissant, à la limite d’être en accord profond avec cette tribune. Alors effectivement souvent cela me révolte, mais j’essaie de comprendre leurs points de vue. Je pense profondément que ce sont les échanges, et le dialogue qui permettre une meilleure compréhension, une meilleure écoute, et d’autant plus de bienveillance, alors Merci pour ça Mai, merci de mettre tout ceci en place, c’était plus qu’important. Et je me sens moins folle de parler toute seule de ces sujets en soirée, autour d’un café, avec des amis, lorsqu’il semble porter plus de monde et parler à tous… que ceci se développe ne peu être que bénéfique.

    • merci! je me rends compte à quel point nous sommes crispés à l’idée d’une confrontation d’idées. nous avons tellement peur d’être vulnérables, de montrer notre opinion, de la confronter. oui c’est difficile et c’est pour ça qu’on se met en colère qu’on n’écoute pas. allez détendons nous, tout en restant vigilants.es. et dialoguons

  • MERCI MAI tu écris avec nos coeurs…et tu sais quoi, bien sur je suis abasourdie par tant de mauvaise foi mais du coup je me rends compte que le sujet n’a pas fini de faire parler et écrire et tant mieux! comme le dit si bien Oprah Winfreyhttp://www.huffingtonpost.fr/2018/01/08/dans-lintervention-doprah-winfrey-aux-golden-globes-les-medias-americains-ont-vu-un-discours-presidentiel_a_23327448/
    bises à tous ici et à toi sacrée meneuse de débat!!

  • J’ai passé ma jeunesse à Paris dans les années 90, sans être d’une beauté renversante je me faisais emmerder systématiquement dès que je sortais, voire agresser, et mes copines aussi. Chaque jour, il me fallait une petite préparation psychologique avant de sortir. Et je sortais seule.
    La liberté d’importuner ? Moi aussi j’ai dit ou fait comprendre mon désir, à des garçons, des hommes, si je me prenais un râteau, je j’insistais pas !! C »aurait été ridicule, non ? Alors, L’ÉGALITÉ, c’est tout !
    Ce qui m’a frappé dans la tribune des vieilles C…. , c’est qu’elles se placent uniquement dans la position de celles qu’on cherche, et qui vont dire oui ou non. Ca date de quand ?
    Sinon, Mai, ton article, tes links, PERFECT ! Et merci pour les animaux ! ♥️

  • Merci Mai pour cette réaction argumentée! En effet un mouvement s’est mis en route et c’est fondamental, saisissant de voir les réactions un peu angoissées de pays voisins conservateurs (articles lus dans courrier international), j’ai entendu la réaction d’Oceanerosemarie sur Inter un matin cette semaine et elle disait que cette tribune des 100 était une réaction de dominants qui veulent se faire passer pour les victimes et que c’est habituel quand s’amorce une libération d’oppression (je résume très grossièrement pardon) alors je me dis que même si c’est tellement à côté de la plaque et indécent cette tribune, ça veut bien dire qu’il y a quelquechose de grande envergure en jeu! Aller aller!
    J’en profite pour te (nous) souhaiter l’annee belle et intense!

  • Merci Mai. D’accord sur tout! et bien sûr féminisme = humanisme, et MEtoo, etc. n’est pas du puritanisme, etc. etc.
    ça fait du bien de le lire… affligeant qu’il soit besoin de dire et redire ces choses là
    (la réponse de Caroline de Haas et autres collègues sur France inter très bien aussi – très pédagogique – https://www.francetvinfo.fr/societe/droits-des-femmes/tribune-les-porcs-et-leurs-allie-e-s-ont-raison-de-sinquieter-caroline-de-haas-et-des-militantes-feministes-repondent-a-la-tribune-publiee-dans-le-monde_2553497.html#xtor=CS2-765-%5Bfacebook%5D-)
    mais bon, je dois dire que je me retrouve dans le commentaire d’une de tes lectrices lors d’une discussion sur le même thème il y a peu: parfois, c’est vraiment fatiguant d’avoir à expliquer…

  • Ce qui m’a marqué dans cette tribune c’est les contre-vérités, les amalgames, les fantasmes sociétaux qu’elle décline… Non le #metoo n’est pas une attaque contre les hommes et le croire me semble bien malhonnête. Non le mouvement enclenché n’est pas la fin des jeux amoureux et de la séduction. Non la demande d’une réflexion sur la culture du viol et sa fin très prochaine n’est pas une confusion stupide entre les crimes, les délits, et les gestes chiants des hommes envers les femmes. TOUT le monde fait bien la différence entre le viol, le frotteur, la main aux fesses, le regard salace et le « t’es bonne » dans la rue. Ces signataires voudraient faire croire que les femmes sont assez stupides pour ne pas faire de différence… Et assez faibles pour ne pas savoir s’en remettre…. Mais putain c’est pas parce qu’on comprend les degrés de gravité qu’il faut pour autant accepter la parole salace dans la rue… C’est pas parce que catherine Millet aime, personnellement, se faire toucher le genou dans le métro que ce geste est acceptable socialement.
    Ce n’est pas parce qu’une femme pleure après un frotteur qu’elle est trop faible pour s’en remettre…
    Je crois aussi qu’il y a un effet générationnel et social fort dans cette tribune. J’ai écouté Sophie qui a vite mélangé dans un discours néoconservateur agression sexuelle, féminisme, théorie du genre et galanterie à la française. C’était très flagrant….
    Mais comme tu le dis les femmes -quel que soit leur âge ou leur milieu social- votent Trump, beaucoup ont participé aux manif contre le mariage pour tous, des femmes te disent encore qu’il faut satisfaire son mari/copain/mec qui a plus de besoin qu’elles et qu’elles le font même sans désir parce que c’est comme ça, que les gens finalement, dans leur majorité, ont peur du changement, d’inventer autres choses, d’autres relations humaines et qu’il faut toujours forcer un peu le débat et le changement…
    Mais je crois ce mouvement sur le consentement et le respect mutuel bien en marche (sans jeu de mots…. le mec nous a pourri cette expression….)

  • bah alors de mon côté, et je vais aller dans un sens tout à fait différent que celui débattu ici (enfin je crois; je suis pas loin du hors sujet)
    toutes ces personnes (que ce soit Catherine Millet / Catherine Deneuve … etc) qui écrivent de grandes vérités au nom des femmes, des féministes, du féminisme, depuis leur point de vue (de spécialiste en art ou de plateau de cinéma ) toujours subjectif aimerait bien nous dire comment il faut penser … et comment il faut que les choses soient … C’est le grand principe de l’information qui (m) etait expliqué par Deleuze dans la réflexion autour des sociétés de contrôle (voir aussi Burroughs et Foucault). (bah là je m’étends pas parce que ça peut durer 10 pages mais faites une recherche internet et vous trouverez facilement une vulgarisation ou une explication).
    Je suis tout de même bouche bée que ces femmes, aussi influentes soient elles, osent prendre la parole ou la plume pour imposer leur « petit » idéal et leur petite expérience. En réalité, je m’en fou complètement et surtout cela m’agace qu’on me dise qu’il faut que les choses soient d’une façon plutôt que d’une autre. Le contrôle ne fonctionne que parce qu’il existe une résistance … alors on est en bonne voie, puisque nous en parlons … et peut être même qu’on sera en mesure d’écrire notre tribune pour proposer une alternative!
    Osons!

    • a ffffond Vallée! je suis tout à fait d’accord avec ta manière complémentaire de voir la chose. cette nouvelle forme d’injonction est a cote de la plaque et toxique. « panne soyez pas des victimes », « ressentez ci, comportez vous comme ça » etc, surtout depuis cette position sociale bien confortable est insupportable. peut être as tu lu la tribune de adler dans télérama? tres bonne! et oui travaillons a notre propre tribune! oui!

  • Je découvre ici la chronique de Guillaume Meurice & donc les propos de cette Sophie de Menthon (degré zéro de la réflexion, bêtise quand tu nous tiens … désolée c’est plus fort que moi) ce qui me frappe dans son discours & ses arguments : n’est-ce pas plutôt elle qui pense & agit comme une « petite chose fragile » ??? Du coup, je suis passée aux commentaires qui ont le mérite d’ouvrir la réflexion 🙂 Merci pour ça purée !!!

  • C’est exactement ça… j’ai été irritée par leur bêtise, …. comment ont elles pu signer un texte qui se conclut comme ça, l’ont elle seulement lu ?

    « Notre liberté intérieure est inviolable. Et cette liberté que nous chérissons ne va pas sans risques ni sans responsabilités. »

    Tu es libre bibiche mais assumes, tu prends des risques a te balader comme femme… et tu seras responsables des mains baladeuses ou pire… arg, mais , argggggg, argggggggg

    • avec les excuses de deneuve et les larmes de brigitte lahaie, je pense qu’elles ont compris. nous avons besoin de toutes et tous pour construire cette vie ensemble. on repart au taffe!

  • Hello,
    Pour moi on arrive aux limites du débat stérile, drivé par l’intellectualisme. Ce qui a fait émerger à nouveau cette « cause » c’est l’action via hollywood, pas les blablabla. Il y a encore 2 ans on se foutait des féministes, ringardes parmi les ringardes (qui avait envie d’être une chienne de garde ??? ) De toute façon le débat est un peu mort, personne ne supporte la contradiction… Je vois que dans ce petit débat que tu proposes, qu’assez vite on parle de « bêtise » quand une femme ne partage pas la même sensibilité. Débattre ce n’est pas juger ou botter en touche par des insultes. C’est presque un art dont plus personne ne veut…. Donc pour moi si c’est d’échanger entre soi à l’infini pour définir la relation homme-femme … ben pardon mais on a pas fini. Le mouvement exprime une extrême lassitude, les choses doivent vraiment changer. Pour moi ce qui compte c’est l’action.
    Concrètement une femme gagne 20% de moins qu’un homme… Ben ça n’a pas l’air de choquer plus que ça ???? Ca me rend dingue depuis des années cette histoire. Pour moi c’est très concret ce n’est peut être pas hautement intellectuels, mais cela conditionne toute une vie jusqu’à la retraite un salaire. C’est absolument prioritaire. J’espère qu’on arrivera à sortir de ces débats qui discréditent je trouve ce mouvement pour rentrer dans une phase d’action. Bises+++

    • tu as raison mariannehehehe, ce qui compte est l’action. mais trouves tu vraiment que le débat soit stérile? ce que les femmes subissent depuis des milliers d’années est en train de basculer. regarde tout le chemin parcouru ces derniers mois. c’est considérable. et on va y arriver à avoir nos salaires à égalité et notre part d’humanité à égalité. donc tu peux trouver qu’on débat stérilement, et nous dire qu’on tombe vite dans le jugement (… hum hum hum, on repassera pour ton non-jugement à toi, hihihi;p), mais je pense que même s’il y a de la colère, des noms d’oiseaux,le fond du truc c’est que ça avance. à grands pas et que c’est passionnant. je vais mettre un edit d’ailleurs (posté hier sur fb) suite au excuses de brigitte lahaye et deneuve. merci pour ton com.

  • Oui tu as raison, je juge ceux qui jugent hahahahha je peux repasser pour mes leçons de tolérance hihihihhh Merci pour ce que tu crées ici, j’espère comme toi qu’on va vraiment avancer pour de vrai maintenant. xoxoxo

  • #metoo
    Merci Mai pour tes posts, pour tes vidéos et pour les discussions que tu ouvres à toutes les femmes et aux hommes aussi, j’ai discuté de ces sujets souvent avec mon fils et avec mon mari… J’éprouve beaucoup de tendresse pour Elsa Wolinski, ce qu’elle traverse et sa façon de s’exprimer. J’ai lu ce post me too il y a quelques jours, le mot compassion me parle beaucoup. Il se trouve que tout à fait par hasard, il m’est arrivé ceci avant hier :
    Je sortais d’une pharmacie Lyonnaise, quartier Cordeliers, un quartier que j’affectionne et qui d’habitude me le rend bien; j’y ai tous mes repères, c’est rassurant… Je suis avec mon fils qui a bientôt 3 mois, allongé dans sa poussette. Je m’assoie à l’arrêt de bus C14 pour rentrer chez moi. L’écran affiche 10 minutes d’attentes, je viens de rater le C14 qui vient de passer sous mes yeux. Je me dis que je vais appeler ma mutuelle pour régler . Je suis fatiguée car je dors peu depuis la naissance d’Alexandre. Je sens que cette fatigue pèse sur mes épaules, je suis « chlaga »comme aurait dit ma grand mère Julie, entre fatigue et mauvaise humeur. Je me sens pas d’être d’une bonne compagnie… Alexandre ne dort pas, je commence ma conversation lorsque mon regard croise celui d’un homme sur le trottoir d’en face. Comment expliquer qu’en une fraction de seconde, j’ai sentie cet homme foncer sur moi me hurlant de toutes ses forces « SALE PUTE, T’ES QU’UNE SALOPE, TU VEUX QUE JE T’ SORTE MA TEUB »et etc… Comment ? pourquoi ?, comment en arriver là ?, je ne sais pas… Ce que je sais, c’est que j’ai eu l’instinct immédiat de me lever et de fuir, de sortir de cet arrêt de bus, de ne pas regarder derrière moi, de me protéger moi et mon fils… J’ai tellement eu peur, j’ai vu dans son regard tellement de haine et de folie, j’ai tellement pas compris toute cette violence, j’ai tellement cru que cet homme allait me frapper… Je reviens sur le mot fuir, et à postériori, j’aurais aimé ne pas fuir, j’aurais aimé moi aussi lui hurler dessus, lui dire d’arrêter ses menaces mais j’ai eu tellement peur, moi avec ma poussette… puis je ne m’y attendais tellement pas, on est jamais préparé à ça… alors je me suis dis ensuite, qu’ai je donc fait pour contribuer à ce que cet homme ne reproduise pas ces insultes ignobles sur d’autres femmes tout à l’heure ou demain ? j’ai déposé une plainte à la police du quartier pour donner sa description physique que j’ai bien en tête… et puis quoi ? … J’ai peur de retourner dans ce quartier depuis avec mon fils dans sa poussette et de recroiser cet homme. Je pense à toutes les femmes qui ont été agressées, abusées, j’ai eu la chance, ce coup là, de ne pas avoir été touchée physiquement par cet homme.
    Je pense aussi aux hommes à ceux qui ne cautionnent pas, à mon mari qui m’a consolé, à mes fils sur qui je compte pour faire évoluer notre société et bien sûr à ma fille qui devient femme et à qui je veux donner la force, la foi et l’envie de se faire respecter pour ce qu’elle est et de respecter à son tour. Je luis souhaite d’aimer cette société dans laquelle nous vivons et de participer à ce qu’elle soit meilleure de jours en jours dans ses rapports entre hommes et femmes… <3

    • owww je suis désolée stephanie. comment te sens tu aujourd’hui? cette violence est insupportable. et c’est bien que tu aies déposé plainte, malgré la fatigue et le choc. j’espère que ton entourage est bien là pour toi.
      j’ai entendu dire qu’à nyc il y avait plus de viols depuis metoo. on ne sait pas si c’est parce qu’il y en a plus ou si les victimes vont davantage déposer plainte. parfois je me dis que c’est pas forcément une question de misogynie, mais les femmes “réputées faibles” dans notre société sont plus facilement prises comme cibles par les tarés qui ont besoin de déverser leur violence. il faut que ça cesse.
      je suis vraiment désolée. rétablis toi bien. je t’envoie mes meilleures vibes.

  • Bonjour Mai.
    Tout d’abord, merci pour tes articles qui ont le mérite de nous amener à réfléchir et surtout à débattre dans la bienveillance et le respect.
    Respect qui ces derniers jours manque cruellement aux dialogues.
    Comme beaucoup la tribune du Monde m’a dérangée, les reprises qui ont suivies également. Expression d’une grande colère longtemps retenue, la question de la délation nominative sur les réseaux sociaux de personnes nous ayant blessé, agressé, aujourd’hui ou hier, doit être légitiment posée, de même que le rôle des médias qui amplifient, exacerbent le phénomène (cf article de Nicolas Bedos dans le Huffington Post), mais était-ce la meilleure des façons, le meilleur choix de mots et de phrases de la part de femmes, de femmes « lettrées » ?

    Mais finalement, aujourd’hui ce qui continue de me déranger, au-delà du texte polémique, ce sont le nombre de réactions d’hommes et aussi de femmes qui approuvent cette tribune non pas pour la liberté d’expression, mais à base de « bien fait, bien dit ! », « se faire agresser c’est pas cool mais mesdames ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, sinon il ne faudra pas s’étonner de ne plus être dragué », « #féministériques » « ces connasses qui font ça pour se venger ou être célèbres », et j’en passe… ça sent la colère c’est clair.
    La colère d’hommes qui se disent je ne vais plus pouvoir draguer et auxquels j’ai envie de répondre, et bien si mais peut-être en acceptant de le faire différemment, car du moment qu’il y a consentement, l’immense majorité des femmes ne sont pas des bécasses hystériques ne sachant pas faire la différence entre un Pierre Richard de la drague inoffensif et un détraqué pervers.
    La colère de femmes qui ont peur de quoi au juste ? d’être vu comme des puritaines qui s’offusquent d’une main même gentille aux fesses ? De ne plus être courtisé par des hommes qui auront peur de voir leur nom sur twitter ?
    J’ai lu dans un autre article écrit par un transsexuel sur libération « Il faut apprendre à désirer la liberté sexuelle. ». Alors voilà, changeons notre vision des choses, changeons les codes, finissons avec les stéréotypes sur les uns et les autres. Éduquons nos filles et nos garçons avec de nouvelles valeurs, car c’est par là que le changement passe.

    • oui tu as raison. je pense cela dit, en en parlant avec mes mecs (amis, freres, partenaire) que l’inquiétude est réelle et qu’il est en fait fort simple de la desarmocer et que comme nous sommes initiatrice du changement, nous devons prendre en compte les inquiétudes (mêmes mal placées) . c’est peut être trop de rôles à jouer (je suis spécialiste), mais en tout cas c’est efficace. dans mon entourage j’ai « retourné » pas mal d’hommes et de femmes juste en les rassurant sur le fait qu’on était du même cote. respect et égalité = love et non colère, puritanisme et hysterie. allons y!

  • Comme à mon habitude, il me faut plusieurs jours pour « digérer » les informations…

    Ce n’est pas de la colère que j’ai ressenti à la lecture de cette tribune (parce qu’après tout qu’est ce que j’en ai à faire personnellement de l’avis d’une centaine de femmes qui ne me ressemblent pas plus qu’une autre centaine de personnes prises au hasard…), mais plutôt de l’incompréhension. Je n’ai pas compris, et ne comprends toujours pas, ce qui les a motivées à signer cette tribune, c’est un grand mystère pour moi. Si encore cette tribune ne partait pas dans tous les sens, ou ne simplifiait pas à l’extrême se qui est tellement complexe…

    Et puis, il y a quelques jours, nous avons eu une discussion passionnante sur le sujet avec mon chéri. Et j’entrevois maintenant les conséquences de cette tribune, qui nous a permis de discuter sereinement du mouvement #metoo. Pas que le sujet soit tabou entre nous, mais cela nous a permis de ne pas prendre les choses personnellement.

    Nous en sommes venus à discuter de la frontière entre drague maladroite et harcèlement. J’avoue que depuis #metoo j’entends beaucoup d’hommes dire « mais alors, on va faire comment pour draguer ? ». Et que je ne comprends même pas le problème. Mais alors pas du tout. Du moment que l’on traite la personne avec qui l’on interagit avec respect, en tant qu’être humain, ça fonctionne non ??
    Mon chéri m’a répondu : « ah, oui, en fait dit comme ça, ça à l’air super simple ! ».
    Je sais que ça n’est pas si simple et que ça suppose une attention soutenue à l’autre. Et que l’autre, étant autre, il n’a pas les mêmes réactions… Mais quand même avec un peu plus de respect, on arrive un peu mieux à s’accorder non ?

    Et puis, en échangeant sur la notion même de féminisme, mon chéri m’a fait réaliser qu’il y a au moins un sujet majeur sur lequel les hommes ont moins de « droits effectifs » (aucune idée de comment le dire autrement) que les femmes, c’est le sujet de la garde des enfants en cas de séparation et plus globalement la place de l’homme-père dans la société. Alors il dit oui au féminisme, mais celui qui va dans les deux sens. Et c’est vrai que moi aussi j’ai beaucoup de mal avec un certain féminisme « vengeur ».

    • et je suis d’accord avec vous! et je crois que bcp sont dmaccord avec vous. mais tu vas voir ça va demander aux femmes aussi des ajustements qu’elles n’ont pas encore envisagés… mais je suis heureuse d’entendre des expériences de dialogues constructifs. ❤️

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